Daniel Vasella, ancien patron du groupe Novartis exilé à Monaco et aux Etats-Unis, avait organisé la croissance du groupe pharmaceutique bâlois autour de la diversification par des grosses acquisitions. Aujourd’hui, sous l’ère du nouveau patron Joe Jimenez, l’heure est au retour de balancier et à la liquidation des affaires peu rentables ou dépassées par la concurrence.

Après les vaccins, les médicaments vendus sans ordonnance et les préparations vétérinaires, qui ont fait l’objet d’un accord de cession aux groupes GSK et Eli Lilly, c’est au tour d’Alcon, division ophtalmologique du numéro deux de l’industrie pharmaceutique, d’être passé au peigne fin.

L’agence Bloomberg, qui cite des sources proches du dossier, affirme que Novartis conduit des discussions préparatoires en vue de céder une partie des affaires d’Alcon. Il s’agit d’une unité commerciale à faible marge bénéficiaire qui vend des produits d’entretien des lentilles oculaires. Elle ne représente que 6% du chiffre d’affaires annuel d’Alcon, soit 646 millions de dollars (665,7 millions de francs), mais cette unité, malmenée par la concurrence, accuse une chute des ventes particulièrement forte (-14% durant les 9 premiers mois de 2015).

Le marché de ces produits de grande consommation, dont l’avenir est compromis depuis la forte augmentation des achats de lentilles jetables, est dominé par Johnson & Johnson. Ce groupe pharmaceutique américain est désormais l’un des rares qui vend aussi bien des biens de consommation courante liés aux soins du corps, que des médicaments de pointe délivrés sur ordonnance.

«La marque Alcon jouit d’un certain prestige. Ce commerce pourrait donc tout à fait être vendu à un bon prix à un groupe spécialisé dans les produits de grande consommation, comme Procter&Gamble ou Reckitt Benckiser», souligne Michael Nawrath, analyste de la banque cantonale de Zürich, récemment cité par le périodique Handelszeitung. Une telle cession d’activités ferait aussi sens selon Chi Tran-Brändli, analyste de Safra Sarasin. «La vente de ces affaires, qui ne valent à mon avis guère plus d’un milliard de dollars, permettrait de financer de petites acquisitions pour améliorer la compétitivité et relancer les affaires des autres secteurs d’activités d’Alcon», constate-t-il.

Le patron de Novartis avait annoncé le 27 octobre, lors de la présentation des résultats à neuf mois, que des mesures de rationalisation étaient étudiées pour Alcon et seraient annoncées à mi-janvier 2016. La nouvelle n’a rassuré qu’à moitié les analystes financiers, dont plusieurs, surpris par les mauvais résultats de cette division, ont abaissé leurs recommandations de cours en estimant que les problèmes d’Alcon sont structurels et qu’il faudra plus longtemps que prévu pour les régler.

Alcon représente plus d’un cinquième du chiffre d’affaires du groupe Novartis et plus du quart de son bénéfice opérationnel. Il avait été progressivement acquis, de 2008 à 2010, pour la somme de 51,1 milliards de francs versée à Nestlé. A l’époque, le pari de Daniel Vasella avait été jugé risqué par les observateurs qui estimaient la transaction trop onéreuse.

Outre celle regroupant les produits d’entretien et la vente de lentilles oculaires, Alcon comprend deux autres sections. L’une vend des médicaments ophtalmologiques pour traiter le glaucome et des allergies, alors que l’autre, liée à la chirurgie, commercialise des instruments et des lentilles intraoculaires. Ces deux divisions sont aussi en perte de vitesse par manque d’innovation.