Le fabricant suisse de vaccins Berna Biotech vaut un peu plus de 500 millions de francs sur le marché.

Un amuse-gueule pour Novartis, dont les réserves, compte tenu du trésor de guerre de sa participation dans Roche, se chiffrent à plus de 20 milliards de dollars.

Berna Biotech constitue par contre un très gros morceau pour la petite société déficitaire néerlandaise Crucell (LT du 2.12.2005). Cette dernière, axée sur la recherche de pointe, est obligée d'augmenter de plus de 40% son capital-actions pour s'offrir l'outil industriel de Berna Biotech.

Pour l'instant, sur le papier, Crucell, le David de l'histoire, l'emporte sur Goliath Novartis. La multinationale est toujours officiellement en train de se tâter pour savoir si elle va faire une offre ferme en argent liquide.

Alors que Novartis fait durer le suspense, Crucell agit. Aujourd'hui à 14 heures, les actionnaires se réuniront en assemblée extraordinaire dans une salle de l'Hôtel Hilton à Amsterdam. Au point 3 de l'ordre du jour, ils se prononceront sur l'offre publique d'achat (OPA) de Berna Biotech par augmentation de capital.

Les actionnaires de l'entreprise bernoise parieront sur le meilleur avenir de leur société mercredi à 15 heures, au Casino de Berne. Ils ne se prononceront pas directement sur l'absorption par OPA amicale, mais sur les conditions préalables à sa réalisation.

Concrètement, ils seront priés de lever le seuil de 5% limitant les droits de vote, et de faire entrer trois dirigeants de Crucell au conseil d'administration de la nouvelle société.

Crucell désire obtenir 67% des actions Berna Biotech, mais pourrait se contenter, dans un premier temps, de 50,1% en décidant de prolonger l'offre de plus d'un mois.

Rien n'empêche cependant les actionnaires de voter en faveur de l'OPA tout en ne mettant pas leurs actions dans la corbeille de mariage. Le délai pour le faire échoit en effet le 20 janvier. Ils ont d'ailleurs financièrement intérêt à attendre que le prétendant Novartis se déclare. L'entreprise bâloise doit légalement faire une offre au plus tard le 17 janvier.

Plusieurs observateurs de l'industrie pharmaceutique s'attendent qu'elle sorte du bois avant mercredi matin.

«A sa place, j'agirais ainsi pour profiter de l'effet de surprise et faire immédiatement hésiter les actionnaires de Berna Biotech», explique l'un deux.

L'autre stratégie consiste à attendre le dernier moment afin d'atténuer le risque d'une spirale de surenchères. Mais la faible taille financière de Crucell ne plaide guère pour un long combat contre Goliath.

Autrement dit, si Novartis estime qu'il est dans son intérêt de compléter son nouveau secteur vaccins, après l'acquisition complète en cours de l'américain Chiron, elle le fera. Berna Biotech constituerait un pôle de production biotechnologique européen complémentaire. Auquel pourrait s'ajouter le genevois Serono, si l'on en croit les rumeurs de plus en plus persistantes. Mais cela, c'est une autre histoire, dont l'épilogue est également attendu avant la fin du mois.