Pharma

Novartis se démarque contre la sclérose en plaque

Le groupe bâlois est entré récemment dans le domaine de la neurologie. Il a pris une place déterminante dans le traitement de la sclérose en plaques

Novartis a annoncé jeudi des résultats positifs d’une étude clinique de phase finale III pour un nouveau médicament contre une forme particulièrement agressive de la sclérose en plaques (SPMS). L’étude, nommée EXPAND, est la plus vaste jamais menée contre cette forme dite progressive secondaire de l’inflammation des cellules nerveuses de la moelle épinière et du cerveau. Elle regroupe 1650 personnes dans 31 pays.

Comparé à un placebo, le médicament BAF312, qui agit sur le récepteur S1P qui active le processus de destruction de cellules nerveuses par une réaction aberrante du système immunitaire, parvient à ralentir la progression de l’invalidité motrice et cognitive provoquée par la sclérose en plaques de type SPMS. Les résultats complets seront présentés en septembre lors d’un congrès médical à Londres.

Novartis espère déposer le dossier d’homologation en 2019, en vue d’une commercialisation dès 2020. Stefan Schneider, analyste de Vontobel, estime que le chiffre d’affaires annuel d’un tel produit peut atteindre près de 1,5 milliard de francs. L’indication SPMS représente près d’un quart des cas de sclérose en plaques qui touche 2,3 millions de patients pour un marché pharmaceutique mondial évalué à 20 milliards de dollars (19,32 milliards de francs) par an.

Ralentir sans soigner

La neurologie est un domaine nouveau pour Novartis qui a surtout bâti sa croissance sur les médicaments contre les affections cardiaques (hypertension principalement), puis sur les traitements contre le cancer (avec notamment Glivec contre une forme de leucémie). La vaste opération d’échange avec GlaxoSmithKline, à hauteur de 16 milliards de dollars, finalisée en mars 2015, avait pour but principal de renforcer son portefeuille en oncologie. Mais Novartis a aussi hérité d’un anticorps monoclonal, intitulé OMB157, actuellement en phase II d’étude clinique, qui est destiné à traiter la sclérose en plaques sous sa forme classique.

Tous les médicaments sur le marché et à l’étude parviennent à ralentir la progression de la maladie sans pouvoir la soigner. Novartis dispose désormais d’une expertise reconnue dans le traitement de la sclérose en plaques et continue à étoffer son pipeline de produits, autour de son médicament phare, Gilenya.

Ce produit constitue, avec un chiffre d’affaires de 2,77 milliards de dollars en 2015, le plus vendu derrière l’anticancéreux Glivec (4,65 milliards). Les ventes de Gilenya ont progressé de 21% l’an dernier, et de 17% durant le premier semestre 2016. L’analyste de Credit Suisse estime que le cap des 3 milliards de chiffre d’affaires sera largement dépassé cette année.

Quand Serono était leader

Ce succès remet ainsi une entreprise suisse au centre de la lutte contre la sclérose en plaques. Rappelons que Serono, à Genève, avait bâti sa croissance autour de Rebif, un interféron qui fut l’un des premiers médicaments capable d’agir contre cette maladie qui entraîne une lente paralysie par la destruction des «gaines» de protection des cellules nerveuses. Le médicament, en fin de brevet, est encore sur le marché, mais Merck Serono, en mains allemandes, n’est pas parvenu à développer cette franchise thérapeutique faute d’avoir découvert un nouveau traitement efficace contre la sclérose en plaques.

Huit projets en développement

La neurologie représente près de 13% de la totalité des ventes de la division pharmaceutique de Novartis, alors que Gilenya totalise un peu plus de 9%. Huit projets sont en développement dans ce secteur thérapeutique, dont deux médicaments contre la maladie d’Alzheimer.

Lire aussi: Comment Novartis gagne presque 5,6% net annuellement dans les hedge funds

Novartis a aussi développé, via sa division Sandoz, un médicament générique contre la sclérose en plaques dénommé Glatopa. Lancé en juin 2015, il concurrence directement Copaxone, le médicament phare de l’entreprise pharmaceutique israélienne Teva. Il s’agit d’une formule à 20 mg, qui a déjà pris 5% du marché, mais une guerre juridique acharnée a été lancée aux Etats-Unis autour des brevets de Copaxone pour la formulation à 40 mg. Une première bataille a été perdue jeudi par Teva, mais de recours en recours l’affaire pourrait bien durer jusqu’en 2018.

Publicité