Est-ce une bonne idée de mêler dans la même société cotée des activités pharmaceutiques concurrentes? La question se pose régulièrement au sujet de Novartis, l'une des rares entreprises à vendre à la fois des médicaments brevetés et des préparations génériques dont le modèle commercial combat les brevets pour lancer des médicaments à un prix inférieur de 30 à 80%.

Une récente étude de Vontobel démontre, chiffres à l'appui, que la performance boursière du groupe suisse est sérieusement affectée par ce modèle hybride. En résumé, l'analyste Karl Heinz Koch estime que la présence de Sandoz (18% du chiffre d'affaires du groupe) déconcerte les investisseurs et affaiblit la performance de la division pharmaceutique. Il abaisse donc l'objectif de cours de près de 10%, à 80 francs.

Déception boursière

Novartis, malgré un portefeuille de produits mieux protégés que ses concurrents (voir graphique), déçoit en bourse. En cinq ans, le titre réalise une moins bonne performance que l'indice des sociétés pharmaceutiques européennes. En un an, il a perdu plus de 8%. Les quelques mauvaises nouvelles, notamment le retrait de Prexige, contre les douleurs articulaires, ou le lancement reporté de Galvus, contre le diabète, aux Etats-Unis, n'expliquent pas tout. Le groupe suisse a d'ailleurs réalisé huit des dix lancements de nouveaux médicaments prévus en 2007.

Le cours du titre aurait en outre encore davantage souffert, sans l'apport de la participation financière dans Roche (gain de 4 milliards de francs) et les cinq programmes de rachat d'actions (10% du capital) pour quelque 12 milliards de dollars. L'analyste de Vontobel arrive ainsi à une sous-performance «brute» de 30% depuis l'an 2000 comparé à l'indice pharmaceutique européen. L'entrée sur le marché des génériques, il y a quatre ans avec la marque Sandoz qui regroupe des acquisitions pour quelque 8,5 milliards de francs, ne tient pas ses promesses selon lui. Les entreprises spécialisées dans la vente de génériques ont multiplié leur valeur boursière par six depuis l'an 2000.

Sandoz, numéro deux derrière l'israélien Teva, est à la traîne sur un marché qui explose mais dont il n'arrive pas vraiment à tirer profit. La croissance des ventes de médicaments génériques a par exemple été de 22% en 2006 aux Etats-Unis. Les observateurs escomptent une progression annuelle de 12% jusqu'en 2012, alors que le marché pharmaceutique ralentit. En 2006, selon l'institut IMS, le marché global a progressé de 7%, contre 12% pour les génériques. L'analyste de Vontobel explique la faible performance de Sandoz par un manque d'agressivité voulue par Novartis. La contestation fructueuse de brevets, à coups de procès, affaiblit en effet l'ensemble de l'industrie des produits brevetés, dont le groupe Novartis. La question d'une séparation boursière des deux entités, également préconisée par l'analyste d'Helvea, refait surface. Un porte-parole de Novartis, cité par la HandelsZeitung affirme que ce sujet n'est pas à l'ordre du jour.

Programme de revitalisation

Ce débat refait surface dans un contexte de restructuration douce du groupe suisse, qui consacre 1,3 milliard de dollars à un programme de revitalisation, supprime des emplois aux Etats-Unis, dynamise ses activités en biotechnologie, et remet à plat ses méthodes de fabrication dispersée. Novartis se donne les moyens de devenir «au moins numéro deux» en oncologie, derrière Roche. Il prévoit le lancement de quatre médicaments, donc un blockbuster (ventes annuelles d'un milliard de dollars) dans ce domaine d'ici à 2011. Le renforcement accéléré de la biotechnologie est également en cours, notamment grâce à un accord privilégié, valorisé à 600 millions de dollars, avec la société allemande Morphosys.