Novartis va agir contre les effets du franc fort

Pharma Le groupe bâlois entend limiter l’impact de la monnaie helvétique sur le recul du bénéfice

Joe Jimenez promet de ne pas toucher aux investissements en Suisse

L’entreprise pharmaceutique suisse globalisée (135 000 employés dans 150 pays) tient sa comptabilité en dollars.

Rompue à toutes les techniques d’équilibrage des risques de change, elle ne se situe donc pas a priori dans la catégorie des sociétés suisses les plus touchées par la décision de la Banque nationale suisse (BNS), le 15 janvier, d’abandonner le taux plancher face à l’euro.

Pourtant, son patron, Joe Jimenez, a fait part d’une réelle préoccupation à ce sujet, mardi matin à Bâle, lors de la présentation des résultats annuels. «Nous sommes habitués aux variations des taux de change et pouvons intégrer des mouvements lents dans notre modèle d’affaires, mais la décision de la BNS a provoqué un changement brusque qui nous oblige à réexaminer notre base de coûts en franc», explique l’homme fort de Novartis.

Des mesures sont donc à l’étude. «Il est trop tôt pour en donner le détail, mais nous allons agir car le soudain renforcement du franc a un impact de 4% sur notre bénéfice», constate le patron, payé en francs suisses à hauteur de 12,6 millions en 2014.

Novartis verse ses dividendes et de nombreux salaires de cadres en francs. Les recettes en francs sur le marché local, soit 2% du chiffre d’affaires du groupe, sont très loin de compenser les coûts, administratifs et de production, à hauteur de 13% en monnaie helvétique. A titre de comparaison, la parité est presque réalisée dans la zone euro, avec un quart des coûts et 26% du chiffre d’affaires net du groupe encaissé dans cette monnaie. La différence est aussi faible dans la zone dollar (39% des coûts et 36% des recettes).

L’écart de 11% dans le cas du franc pèse désormais sur la rentabilité du groupe. «Nous sommes donc très attentifs à cette base de coûts et aux moyens de la réduire», note Joe Jimenez, qui ne pense cependant pas toucher à l’outil de production sur territoire suisse. «Notre usine de Stein vient d’être entièrement modernisée pour plus de 500 millions de francs et nous n’envisageons pas de réduire les investissements en Suisse, en particulier ceux liés à l’extension du campus à Bâle», affirme-t-il. Les mesures déjà suggérées concernent principalement les frais d’acquisition de diverses fournitures, notamment dans le cadre du vaste programme de stabilisation des coûts au niveau du groupe par la création de l’entité Novartis Business Services (NBS). Le transfert de certaines activités non liées à la recherche ou à la production pourrait aussi être envisagé.

Le programme NBS, lancé en juillet 2014, a débouché sur des économies de 1,6 milliard de dollars sur un volume d’achats de 20 milliards. «Un montant égal ou supérieur est attendu en 2015», assure Joe Jimenez. Les coûts en francs seront donc à nouveau passés au crible.

«Novartis développe une vision à long terme de ses affaires. Nous ne voulons pas surréagir à la décision de la BNS, mais il faut tout de même agir pour réduire cet impact de 4% sur le bénéfice», affirme le patron du groupe.

Le programme NBS comporte aussi un volet de regroupement et de rationalisation des services administratifs. En Suisse, il a débouché sur 465 suppressions d’emplois. 210 collaborateurs ont retrouvé du travail, 96 ont été placés en retraite anticipée, et 135 sont toujours sans emploi.

Harry Kirsch, directeur financier du groupe, s’attend, en 2015, à des effets de change négatifs globaux de 7% sur le chiffre d’affaires et de 12% sur le bénéfice d’exploitation si les taux de change restent au niveau de ceux du 16 janvier, marqués par le renforcement du franc de quelque 20%.

«Malgré cet impact, nous tablons sur une augmentation du bénéfice d’exploitation hors événements exceptionnels», promet Joe Jimenez. Le chiffre d’affaires devrait progresser de quelque 5% à taux de change constant.

465 emplois ont été supprimés en Suisse dans le cadre de la réorganisation des services du groupe