Son iPad tout neuf ne fait pas de Vincent Martenet un grand technophile. Les habitudes de ce professeur de droit, nommé à la présidence de la Commission de la concurrence il y a un an, sont d’abord celles d’un professeur et haut cadre de la Confédération. Dans son champ d’activité professionnelle, il se nourrit d’abord de livres, de revues juridiques et des revues de presse produites par son secrétariat. A la maison, il est abonné à la NZZ.

La «vieille tante» est une lecture indispensable pour ce «serviteur de l’Etat» fédéral, qui refuse par ailleurs qu’on lui applique le qualificatif de fonctionnaire. «Un fonctionnaire reçoit ses ordres du gouvernement, or la Comco est une autorité fondamentalement indépendante», tranche-t-il. Dans ce rôle, la NZZ l’aide à garder à l’esprit cette «différence de sensibilité entre la Suisse romande et alémanique». Une «tonalité» qui reflète selon lui «une vision du rôle de l’Etat un peu différente».

Dans ses allers-retours entre Lausanne et Berne, Vincent Martenet est désormais accompagné de son iPad tout neuf. Mais là encore, le poids des habitudes fait qu’il reste souvent dans sa fourre. Pas de surf 3G dans l’Intercity, donc, qui reste une «extension du bureau» où il plonge le nez dans ses dossiers. «Je suis encore novice dans mon usage de la tablette», confie-t-il. L’été, c’est promis, sera l’occasion de s’y mettre.

Outre sa fidélité à la NZZ, le président de la Comco n’a jusqu’ici souscrit à aucun abonnement à des sites d’information en ligne. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas ses péchés mignons en matière de commerce électronique. S’il est un domaine où Vincent Martenet a le clic facile, c’est pour les livres. Gros consommateur d’ouvrages de droit, le professeur y consacre un budget «important», en bonne partie pour des ouvrages commandés sur Internet. Et pour le reste, il y a aussi cette petite libraire spécialisée près du Pantéon, à Paris, dont il ressort «rarement les mains ­vides».

Sur le Net, Vincent Martenet consulte d’abord les sites des «autorités sœurs», françaises, allemandes, et européennes. Ce «canal officiel» lui permet de suivre les «procédures similaires» à celles qui occupent ses services. Dans le cas du commerce en ligne justement, un domaine sur lequel la Comco planche activement depuis plusieurs mois, «ces pays voisins ont tous des procédures en cours actuellement», constate-t-il.

LinkedIn? juste pour essayer

Question réseautage, Vincent Martenet n’est pas non plus un adepte du tout numérique. Son compte LinkedIn, c’était «juste pour essayer». Il y a d’ailleurs renoncé après sa nomination à la présidence de la Comco. La fonction s’accommode mal de liens professionnels privilégiés, notamment avec des avocats, précise-t-il. Les apparences ont leur importance à cet égard. S’il a une page sur Facebook, il y est peu actif. Son vrai réseau, celui qu’il cultive et qui retient toute son attention, c’est celui, là encore, des autorités européennes. Les gardiens de la concurrence se réunissent une fois par an au sein de l’Espace économique européen – la Suisse y a son strapontin –, une autre fois au niveau mondial, plusieurs fois de manière bilatérale et enfin trois fois par an au siège de l’OCDE à Paris. S’il existe une plate-forme internet dédiée à ces thèmes, maintenue par l’International Competition Network, l’organisme mondial des gendarmes de la concurrence, rien ne vaut les serrages de mains: «Ces rencontres avec nos homologues européens ou d’autres continents sont des lieux d’échange très précieux, surtout pour une petite structure comme la nôtre, insiste Vincent Martenet. En les négligeant, on prend le risque de s’isoler.»