L'action Alstom gagnait près de 4% mardi matin... et en reperdait une bonne partie après le record de vitesse de son TGV. Les marchés n'ont visiblement pas la même lecture du potentiel de la société française que les fans de trains.

Si le groupe a les faveurs des investisseurs aujourd'hui, après avoir frôlé la banqueroute en 2003, c'est moins à cause des trains à grande vitesse qu'à cause de la pénurie d'énergie. Lundi, Alstom a signé avec la société russe Atomenergomash un accord au terme duquel il détiendra 49% d'une coentreprise qui construira des centrales nucléaires à partir de 2012. La Russie en planifie 25 nouvelles d'ici à 2030 et vise aussi l'exportation de cette technologie. Alstom est No 1 mondial des îlots conventionnels (partie industrielle non nucléaire des centrales), avec 30% de parts de marché mondial. L'accord russe conforte sa position devant son rival Siemens. Alstom est aussi en discussion avec le principal fabricant indien d'équipements énergétiques, BHEL, en vue d'un partenariat sur les îlots conventionnels, a déclaré le PDG du groupe Patrick Kron aux Echos.

Pour les neuf derniers mois de l'année 2006, le groupe annonçait en janvier des commandes totalisant 14,3 milliards d'euros, en hausse de 34% sur un an, et des ventes de 10 milliards d'euros (+10%). Mais la performance varie beaucoup d'un secteur à l'autre. Celui des turbines et de l'environnement a vu ses commandes presque doubler, la division «power service» a affiché un solide 28% d'augmentation. En revanche, la division «transport» a vu ses commandes reculer de 22% sur neuf mois.

Trains régionaux

En novembre 2006, Alstom a essuyé un revers sérieux quand son concurrent canadien Bombardier a emporté un contrat de 2,7 milliards d'euros pour fournir 372 trains régionaux desservant la banlieue parisienne. Patrick Kron a accusé Bombardier de dumping, et même si sa société a finalement décroché un tiers du contrat comme sous-traitant, la hache de guerre est loin d'être enterrée entre les deux groupes qui se disputent, avec Siemens, le marché des trains régionaux, plus prometteur, en Europe en tout cas, que celui des rames à grande vitesse.

Sur le marché de la grande vitesse, les opportunités les plus immédiates se situent en Italie, en Amérique du Sud et du Nord - la Chine reste une inconnue. Mais Alstom n'y roule pas seul: un consortium japonais (dont fait partie Hitachi) a déjà vendu le Shinkansen à Taïwan; Siemens a construit une version espagnole de l'ICE, le Velaro; en Espagne encore, Talgo construit un TGV avec Bombardier, qui développe aussi sa propre version, le Zefiro.