Des figures comme lui font du bien dans une France qui souffre d’un président déconsidéré et de sa stagnation économique. En décembre 2014, Stéphane Maquaire, seulement 40 ans et déjà directeur des supermarchés Monoprix depuis quatre ans, est l’un des 200 espoirs qui se présentent à une conférence au Grand Palais de Paris. Le thème, «Osons la France», correspond bien à ce symbole de l’optimisme économique des années 1900.

Stéphane Maquaire: ce nom, il va falloir s’y habituer en Suisse aussi. Ces jours, le Français de 42 ans prend ses nouvelles fonctions au siège principal de Manor à Bâle. Sa mission? Donner une nouvelle impulsion au groupe suisse qui souffre de faibles rendements et de marges qui s’érodent.

Trois grands problèmes

Des problèmes, le nouveau patron n’en manque pas. A Zurich, le magasin de la Bahnhosftrasse, l’un des plus gros chiffres d’affaires du groupe, est menacé. La présence sur internet est faible, le réseau de filiale très exposé aux régions frontalières de Bâle et Genève, donc très vulnérable aux variations du franc.

Beaucoup de choses restent mal connues sur cette nouvelle figure de la maison Maus Frères, les propriétaires genevois de Manor. La vidéo d'«Osons la France» montre un homme au visage juvénile, avec lequel contrastent des cheveux grisonnants, portant un costume bleu, sans cravate. Sûr de son style, et avec une touche de légèreté française.

Stéphane Maquaire, père de trois enfants, quittera Paris et s’établira avec toute sa famille à Bâle, selon une porte-parole de Manor. Il promet de «réactiver» ses connaissances d’Allemand acquises à l’école. S’intégrer en Suisse lui sera d’autant plus facile qu’il est un skieur passionné, qui a déjà échangé ses bons tuyaux sur les meilleures stations avec ses nouveaux collègues.

Rupture avec la tradition

Choisi personnellement par le patron de Manor Didier Maus, Stéphane Maquaire est le premier étranger à prendre les rênes d’une chaîne de supermarchés suisses. Et ce n’est pas la seule rupture avec la tradition. Contrairement à son prédécesseur Bertrand Jungo – un Alémanique fribourgeois qui vendait des melons à l’âge de 15 ans sur la rue de Romont – le brillant Français n’est pas un vendeur né et qui le restera toujours.

Ingénieur de formation – il a fait l’Ecole nationale des Ponts et chaussées, l’une des grandes écoles françaises – Stéphane Maquaire a commencé chez Arthur Andersen comme spécialiste des fusions-acquisitions et des entrées en bourse. Sa prochaine étape le conduit chez Unibail-Rodamco, une société franco-néerlandaise active dans l’immobilier et l’investissement. L’expérience du commerce de détail, il l’acquiert dès 2008 chez Monoprix, d’abord comme directeur des finances et du développement, puis comme directeur du groupe dès 2010.

Son plus gros échec à ce jour, il l’a connu chez le vendeur de vêtements Vivarte (qui possède entre autres Kookaï et les magasins de chaussures La Halle). En octobre 2016, après un conflit avec l’actionnaire américain Oaktree, il doit quitter l’entreprise après seulement quelques mois.

Un million de likes

Dans la grande distribution, en revanche, Stéphane Maquaire est une valeur sûre. Son bilan chez Monoprix peut se résumer en un chiffre: 1 025 678. C’est le nombre de «J’aime» que le distributeur français enregistre sur Facebook. Appréciable, pour une population française de 65 millions d’habitants et un marché qui, contrairement à la Suisse, est fragmenté. Manor, en comparaison, a moins de 100000 «likes». Aujourd’hui, Monoprix fait figure d’exemple réussi de création d’une communauté numérique. Les amis de la marque sur Facebook échangent trois fois plus entre eux que l’utilisateur moyen du réseau social.

En plus, l’outsider Stéphane Maquaire a réussi à redonner vie à la chaîne et son réseau. A son actif, on peut mettre le doublement des nouvelles ouvertures de magasins, à un rythme record de 50 filiales par an. Monoprix est aujourd’hui représenté dans toutes les villes françaises de plus de 30000 habitants, a affirmé Stéphane Maquaire.

Chez Manor, le jeune patron devrait s’occuper de deux chantiers prioritaires: la numérisation et le réseau de filiales. Manor ne réalise encore qu’un chiffre d’affaires estimé à 20 ou 30 millions de francs sur internet. C’est peu pour un département d’e-commerce qui emploie 40 personnes. Pour les filiales, il faudra voir si le nouveau magasin de Bachenbülach (ZH) peut servir d’étalon pour les futurs développements. Là, et c’est une nouveauté, Manor exploite 8000 m2 en pleine zone industrielle, à proximité directe de Jumbo, qui appartient aussi à Maus Frères.