A Zurich mardi, lors de la conférence de presse annuelle de l’Association suisse des banquiers, qui coïncide avec son centenaire, Patrick Odier, son président, a expliqué qu’à la fin de novembre ou au début de décembre se présentera «l’opportunité historique» de clore définitivement le chantier de l’impôt libératoire. Le parlement suisse a approuvé les accords en juin 2012. Mais en Suisse, à droite et à gauche de l’échiquier, l’opposition est vive. Et en Allemagne, la majorité des Länder, gouvernés par l’opposition, tentent, selon Patrick Odier, «de transformer l’accord fiscal en tribune électorale». Le banquier répond aux questions du Temps.

Le Temps: Vu la forte opposition à l’impôt libératoire en Suisse, à gauche et à droite, et en Allemagne, est-ce que vous préparez un plan alternatif?

Patrick Odier : Non, nous n’avons pas de plan alternatif à l’impôt libératoire. Nous avons procédé, dans les discussions ayant mené à la signature des accords et l’approbation par le parlement suisse, à toutes les adaptations pour que la situation soit la meilleure possible. C’est préférable pour toutes les parties. Les problèmes éventuels sont de nature politique ou idéologique, mais pas de nature technique.

– Sous l’angle économique, la Suisse a toujours su s’adapter. Avec cette solution, le gain réside dans le fait de tirer un trait sur le passé, mais quel sera son coût en termes d’actifs sous gestion, sachant que la Suisse gère 5300 milliards de francs? Est-ce l’équivalent d’un krach?

– Les accords, je l’espère, vont se multiplier, puisque d’autres pays sont intéressés. Ils auront pour conséquence un certain reflux de capitaux dans les pays concernés, pour un montant correspondant aux fonds régularisés. Ces accords préservent surtout la capacité qu’a la Suisse à conserver la confiance de ses clients – les promesses de confidentialité auront été tenues. Avec l’impôt libératoire, la Suisse aura le meilleur des deux mondes, la conformité fiscale selon le standard «OCDE 26», à laquelle nous adhérons depuis bientôt quatre ans, et la protection de la sphère privée, qui fait la force de notre pays.

– Sur l’emploi, ne prévoyez-vous donc pas d’effets massifs?

– Je m’y attendrais seulement si nous n’étions pas capables en même temps de procéder aux adaptations nécessaires et de nous développer dans d’autres métiers et d’autres marchés. C’est pourquoi ces accords ont aussi l’avantage d’avoir permis des accès facilités au marché dans les pays concernés. L’ASB met tout en œuvre pour développer de nouvelles activités, à l’image de l’asset management, du financement du négoce, de la durabilité et du traitement des devises chinoises, afin de compenser les possibles réductions provenant des activités du passé.

– Vous attendez-vous à un accord global avec les Etats-Unis avant les élections présidentielles?

– Nous le souhaitons, mais c’est difficile à dire. Les discussions ont été très longues. Les pas qui ont été faits pour accéder aux demandes américaines ont été judicieux, et parfois douloureux, qu’ils soient diplomatiques ou parlementaires. Maintenant, tout est en place. Il ne manque que la volonté politique des Etats-Unis pour tirer un trait sur cette question.

– Vous insistez pour une Suisse unie sur les grands dossiers. Est-ce que le Conseil fédéral est uni derrière vous?

– Oui, nous avons de très bonnes discussions avec le Conseil fédéral. Nous ne partons pas toujours du même point de vue, mais l’intérêt bien compris de la Suisse entière, y compris du Conseil fédéral, est de permettre au secteur financier de franchir cette étape et de redéployer nos forces sur les marchés du futur. Après avoir longtemps discuté du passé, nous aimerions enfin nous consacrer aux besoins des clients et aux métiers d’avenir.

– Philipp Hildebrand est d’avis que, dans cinq ou dix ans, un client étranger d’une banque en Suisse sera annoncé immédiatement à ses autorités fiscales. Est-ce votre scénario?

– Personne ne peut prédire ce qui se produira dans dix ans. A mon avis, nous ne pouvons accéder à l’idée de l’échange automatique d’informations. Nous l’avons dit haut et fort. L’ASB a promu l’idée de combinaison efficace entre la protection de la sphère privée et l’impôt libératoire à la source. Ajoutée aux standards internationaux actuels, cette solution est la plus efficace. L’échange automatique d’informations ne fonctionne pas.

Ces accords ont aussi l’avantage d’avoir permis des accès facilités dans les pays concernés