La nouvelle a fait à Nyon l'effet d'une douche froide: Hero a décidé de fermer d'ici à fin 1999 l'usine de pâtes alimentaires située à proximité de la ville vaudoise. Les 55 collaborateurs de l'entreprise ont été informés jeudi matin par Martin Reist, membre de la direction de Hero Suisse, basée à Lenzbourg (AG). Hero, contrôlé depuis 1995 par le groupe allemand Schwartau, offre «dans la mesure du possible» aux collaborateurs de l'usine nyonnaise une place dans ses sites de Lenzbourg et Frauenfeld .

L'usine de Nyon, qui fabrique notamment les pâtes La Chinoise et Trattoria, n'était pas dans les chiffres rouges, précise Martin Reist. Hero a simplement voulu concentrer l'ensemble de sa production sur un seul site, et c'est Frauenfeld qui a été choisi. Les marques qui ont fait la renommée de l'usine de Nyon continueront à être produites en Thurgovie, où Hero a investi 20 millions de francs. Hero occupe 5700 personnes, dont 700 en Suisse.

Autre argument invoqué: la pression sur les prix et l'importation croissante de produits bon marché italiens. Les machines seront démantelées et transférées à Frauenfeld. L'outil de production était donc moderne, les anciens propriétaires de l'usine ayant investi, en 1991, 14 millions de francs dans le site. En janvier 1996, au moment où Trattoria SA vendait ses entreprises à Hero, un de ses responsables, se voulant rassurant, déclarait à l'Agefi que «la capacité de production sera étoffée, offrant des possibilités d'embauche. Cet accord est la meilleure assurance vie possible pour la société de Nyon car il crée un axe Suisse romande-Suisse alémanique». Le groupe Hero a cherché un repreneur du secteur alimentaire pour son usine: «mais la fabrique est trop petite».

Syndic de Nyon, Jacques Locatelli accueille la nouvelle avec fatalisme: «Je ne peux que déplorer la situation car il s'agit d'une des plus vieilles fabriques de Nyon. La population y est attachée et les réactions seront assez vives car beaucoup de gens de la région y ont travaillé». C'est aussi son cas: «quand j'étais étudiant, j'allais y «scier» les spaghettis, à l'ancienne usine près de la gare». Le syndic se souvient aussi de l'ancien slogan utilisé par l'usine de pâtes, qui se nommait alors Sangal: «les pâtes Sangal, un vrai régal!». Jacques Locatelli ajoute «qu'il ne savait pas que Hero avait racheté l'usine». Il relativise la nouvelle: sa région, qui offre 10 000 emplois peut digérer la perte de 55 postes de travail.