Pour son premier discours depuis sa réélection mardi dernier, Barack Obama a choisi son public. Ce n’étaient ni des journalistes, ni des membres du Congrès, mais des Américains représentant la classe moyenne. Dans sa brève intervention dans l’East Room de la Maison-Blanche, le président américain n’a pas détaillé son plan pour relancer l’économie et réduire les déficits. Mais comme un jour plus tôt le président républicain de la Chambre des représentants John Boehner, il a posé clairement les cartes sur la table.

Pour réduire les déficits, Barack Obama a un plan consistant à réduire de 4000 milliards de dollars les dépenses de l’Etat au cours de la prochaine décennie. Montrant qu’il prenait son second mandat à la Maison-Blanche au sérieux, il a pris le contre-pied de John Boehner en relevant qu’il fallait agir immédiatement. Il importe, a-t-il déclaré, de prolonger dès maintenant les allégements fiscaux touchant la classe moyenne. La mesure concerne le fameux Bush Tax Cut, des allégements fiscaux décidés à partir de 2001 et renouvelés à plusieurs reprises. Mais elle se limiterait aux familles gagnant moins de 250 000 dollars par an. «Cela concerne 98% des familles et 97% des petites entreprises», a précisé le président. «Notre priorité est de créer des emplois et de relancer la croissance», a déclaré le locataire de la Maison-Blanche qui estime cardinal de continuer à investir dans la recherche et de restaurer les infrastructures vieillottes du pays.

«Ouvert au compromis»

L’allocution du président était d’autant plus attendue que l’Amérique est menacée par le «précipice budgétaire», une conjugaison de réductions automatiques des dépenses de 1200 milliards de dollars et de la levée de plusieurs allégements fiscaux si le Congrès n’agit pas. Dans un tel cas de figure, la croissance d’environ 2% de l’économie américaine pourrait devenir négative (-1,5%) et plonger le pays dans la récession.

Renforcé par sa réélection, le président fait face à une Chambre des représentants où les républicains sont toujours majoritaires, mais où leur majorité s’est restreinte. Il l’a répété vendredi: «Je suis ouvert au compromis et aux nouvelles idées, mais le déficit doit être réduit de façon équilibrée et responsable.» Pour sortir des blocages de Washington, qui avaient culminé en été 2011 avec le psychodrame autour de la hausse du plafond de la dette, Barack Obama va inviter les leaders des deux partis à la Maison-Blanche dès la semaine prochaine. Au cœur des discussions sera la manière de réduire les déficits. Tant John Boehner que le président semblent d’accord pour augmenter les revenus de l’Etat. Mais la manière diffère. Pour le premier, il est toujours exclu d’augmenter les impôts des Américains les plus fortunés. Pour le second, qui s’appuie sur un sondage réalisé mardi à la sortie des urnes précisant que 60% des Américains jugent nécessaire une hausse d’impôt pour les plus riches, ces derniers doivent contribuer davantage. Le compromis est-il possible? Oui si la Maison-Blanche renonce à augmenter le taux d’imposition maximal de 35 à 39%, mais fait passer les plus riches (plus de 250 000 dollars) à la caisse en supprimant des niches ou déductions fiscales. «Si le Congrès n’approuve pas un paquet global, a prévenu le président, les impôts vont augmenter pour tous, même pour les moins riches, dès le 1er janvier.»