A une semaine du sommet du G20 qui devrait proposer des approches communes pour lutter contre la récession globale et mieux cadrer la finance, le différend entre l’Europe et les Etats-Unis sur l’opportunité de mettre sur pied des plans de relance massifs a été ravivé hier par des déclarations du premier ministre tchèque Mirek Topolanek, qui a qualifié la politique suivie par Barack Obama de «chemin vers l’enfer».

Mirek Topolanek, dont le gouvernement a été renversé mardi par une motion de censure déposée par la coalition de centre-gauche, s’exprimait devant le Parlement européen à Strasbourg. La République tchèque assume jusqu’en juin la présidence tournante de l’Union européenne.

«Le secrétaire d’Etat américain au Trésor parle d’une action permanente (en faveur de la relance, ndlr.) tandis que nous, lors de notre conseil de printemps, nous sommes alarmés du fait que les Etats-Unis sont en train de répéter les erreurs des années 1930, telles que des larges subventions dans tous les domaines, des tendances protectionnistes, des appels tels que la campagne «Achetez américain», et ainsi de suite. Toutes ces mesures, combinées et durables, sont le chemin vers l’enfer.»

Cet éclat diplomatique, qui tranche sur les propos habituellement feutrés des responsables européens, intervient peu de jours avant que le nouveau président américain Barack Obama se rende à Londres pour le G20, en France et en Allemagne pour une réunion de l’OTAN, puis à Prague pour un sommet Etats-Unis-UE, où la présidence tchèque représentera les 27 membres.

Côté américain, on n’a pas enregistré de réaction officielle aux propos de Mirek Topolanek. L’administration Obama s’efforce depuis des semaines de calmer les craintes des Européens, notamment en ce qui concerne une éventuelle montée du protectionnisme. Le président lui-même est intervenu pour limiter la portée du «Buy American Act», qui risquait d’entraîner une spirale de mesures de rétorsion.

Selon le Financial Times , les propos musclés du premier ministre tchèque pourraient avoir une autre explication qu’économique. Les relations entre Prague et Washington se sont tendues ces dernières semaines depuis que la nouvelle administration envisage de réexaminer le projet de redéploiement de certaines parties du bouclier antimissiles américain sur territoire tchèque, un plan sur lequel le gouvernement mis en minorité mardi s’était engagé.

Sur le fond, l’affirmation de Mirek Topolanek selon laquelle l’injection massive de fonds publics pour relancer l’économie américaine dans les années trente aurait été une erreur fatale est pour le moins contestée parmi les économistes, où le débat fait rage entre ceux qui appuient une action massive – et si possible coordonnée – des gouvernements, et ceux qui craignent ses effets pervers à terme sur la dette, les monnaies et l’inflation.

Sans être aussi cassants que Mirek Topolanek, plusieurs leaders européens ont exprimé leurs réserves à suivre Barack Obama sur la voie d’un soutien public important à l’économie. C’est le cas de l’Allemagne, soucieuse de discipline budgétaire, et du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, représentant des ministres des finances, qui estiment que l’UE en fait déjà assez.

Interviewé mercredi par le Wall Street Journal , le premier ministre britannique Gordon Brown, dont le gouvernement est le plus proche des Etats-Unis sur cette question, a relativisé les divergences entre l’Europe et les Etats-Unis. Le G20 ne sera pas une réunion où l’on fera pression sur les Etats pour qu’ils annoncent des plans de relance, a-t-il déclaré: «Personne ne suggère que les gens doivent arriver et poser sur la table le budget qu’ils envisagent pour l’année prochaine».

Pour lui, ces «stimuli» ne sont qu’un des outils pour arriver au but. Outre la baisse des taux d’intérêts, un autre outil moins bien compris mais plus efficace, estime-t-il, est la politique d’assouplissement quantitatif suivie par les banques centrales, soit l’injection directe d’argent dans l’économie par rachat d’actifs.

«Le plus grand danger auquel nous ayons à faire face est le protectionnisme», a souligné Gordon Brown. Au moins un point sur lequel il sera d’accord avec Mirek Topolanek.