Une convertibilité du yuan en 2015, comme l’annonce la rumeur sur les marchés financiers? Pour de nombreux analystes, l’intervalle paraît bien trop court. «La Chine finira par adopter une convertibilité complète du yuan. Mais 2015 me paraît trop court. Car, pour y arriver, il faudra également libéraliser les afflux de capitaux étrangers et les taux d’intérêt. Ces trois éléments doivent intervenir en même temps. 2020 me paraît donc plus réaliste», explique Motoshi Nagai, gérant du fonds Callander – China Universe.

Patrick Artus, chef économiste de Natixis, est plus pessimiste: «Il faudra certes éliminer les contrôles des capitaux. Mais, en parallèle, il faudra développer l’offre d’actifs financiers dans lesquels les non-résidents pourront investir.» Pour l’économiste français, une convertibilité du yuan à l’heure actuelle aurait surtout pour effet de provoquer une énorme sortie de capitaux et donc, contre toute attente, une dépréciation du renminbi. «Au préalable, il faudra développer les marchés financiers, un processus lent», avertit-il.

Surclasser Wall Street

«Shanghai devra être plus grand que Wall Street pour détrôner le dollar», assurait Charles Wyplosz, professeur d’économie à HEID, dans un entretien au Temps au printemps.

Pour l’heure, la bourse chinoise est la deuxième plus importante au monde avec sa capitalisation de 3447 milliards de dollars. Par comparaison, Wall Street pèse 14 933 milliards de dollars. Surtout, le marché actions chinois, «très volatil, fait peur aux investisseurs», reprend Patrick Artus. Mais c’est surtout la présence d’un vrai marché obligataire qui manque cruellement: les banques concentrent toutes les activités de financement des entreprises, rappelle l’économiste. Avant d’ajouter: «Pour attirer les investisseurs étrangers, il faut également développer des produits dérivés, des options, etc. Dans ce sens, nous sommes à des années-lumière de pouvoir internationaliser le yuan.»

Ouvertures

Des ouvertures apparaissent. En novembre, dans un entretien à Bloomberg, la bourse de Shanghai s’est dite «essentiellement prête» à autoriser des entreprises étrangères à s’y coter pour autant qu’elles atteignent une certaine taille et aient des activités dans le pays. Coca-Cola et HSBC avaient déjà montré leur intérêt.

Côté investisseurs étrangers, les investissements en Chine sont très limités. «Il est possible d’acquérir à Hongkong un «tracker» sur l’indice composite de Shanghai», explique Raymond Hêche, responsable des fonds de placement à la Banque Morval. Autre moyen d’investir indirectement, négocier avec certains courtiers des certificats représentant des titres A (cotés en Chine) ou acheter les titres H (cotés à Hongkong) de nombreuses entreprises chinoises, poursuit-il.

Quoi qu’il en soit, «le fil conducteur de tout cela est la prudence et le gradualisme. Mais la direction d’une internationalisation de l’usage du yuan est absolument claire», assure Raymond Hêche.