Poljot est sans doute la marque russe la plus connue à l'étranger. Elle est aussi parfaitement représentative des difficultés que tentent de surmonter nombre d'industriels russes. Issue et détenue par la société First Moscow Watch Factory (FMWF), la marque Poljot – «le vol» en russe – est née après le voyage de Gagarin dans l'espace en 1961, lequel portait une montre Shturmanskie de la FMWF. Aujourd'hui propriété du russe Sergueï Ksenovontov, FMWF devrait achever sa privatisation – 30 % sont encore aux mains de l'Etat – cette année. Installée au cœur de Moscou, cette société a aujourd'hui plus de valeur par son parc immobilier que par ses équipements horlogers. Ce qui vaudra à ces deux activités d'être séparées dès la privatisation totale.

FMWF n'a pas attendu ce moment pour entamer une solide restructuration. La situation s'était à ce point dégradée qu'il n'y avait en réalité pas d'autre choix. Ainsi la manufacture horlogère est passée de 10 000 employés pour une production de 4 millions de pièces par an en 1992, à 500 personnes pour 250 000 unités actuellement. Autre difficulté, FMWF ne produit plus que des mouvements horlogers, laissant à d'autres, par des contrats aujourd'hui remis en cause, le soin de commercialiser des montres sous le nom Poljot. Parmi ces licenciés, la société Poljot International – basée en Allemagne et indépendante de FMWF – propose depuis 1992 des montres Poljot, parfois aussi équipées de mouvements ETA, dans de nombreux pays.

Antenne suisse

La restructuration en cours vise aussi la production. «Elle sera encore réduite à quelque 100 000 pièces pour gagner en qualité», explique Ivan Ksenofontov, project manager. Dans ce but, Poljot Distribution SA a été créé à Genève en septembre 2002. Si la société cherche à mettre en place des équipes suisses qui pourraient aller travailler en Russie, elle œuvre également au perfectionnement des mouvements existants. Dans cette optique, des développeurs suisses travaillent aujourd'hui dans l'Arc jurassien à l'amélioration de la fiabilité et de l'esthétique des calibres FMWF. Connue également pour sa production de mouvements spécifiques destinés à équiper des chronomètres de marine, FMWF annonce qu'elle stoppera cette fabrication.

L'outil de production de la société moscovite – y compris sa fabrication de spiraux – reste de nature à intéresser des producteurs ou des investisseurs étrangers. A cet égard, Marc Corvaisier, responsable de Poljot Distribution SA, affirme que des contacts ont eu lieu il y a deux ans avec des entreprises suisses pour le rachat de FMWF, mais sans suites. Dans la foulée, il dément une rumeur propagée dans les milieux horlogers: «Il n'y a en revanche jamais eu à ce jour de contact avec Swatch Group.»

Reste que si les horlogers suisses ne tiennent pas publiquement en haute estime les mouvements mécaniques horlogers russes, certains en importent pourtant en nombre. Ainsi, la Fédération horlogère suisse note que quelque 6000 mouvements horlogers russes ont été officiellement importés en 2001, 5000 en 2002 et 8790 (+ 76%) en 2003. Ce qui fait dire à Marc Corvaisier que la Russie suscite un réel intérêt dans de nombreux domaines et qu'une foule de produits de consommation pourraient trouver leur public à l'étranger. Il voit même se dessiner un phénomène nouveau: la Russie devient très «tendance».

C'est pour répondre à cette demande nouvelle que la société genevoise débute la distribution en Europe d'une nouvelle marque russe… de gamme supérieure et exclusive! Présentée à Bâle, la marque NO.Y est l'œuvre du designer Maxim Nazarov et rompt avec le classicisme horloger russe traditionnel. La production restera limitée entre 500 et 1000 montres par an – dotées de mouvements Vostock – et devrait être proposée dans un nombre très restreint de points de vente.