La prime de conversion d'une obligation convertible indique la distance (en pourcentage) du prix de conversion (ou d'exercice!) par rapport au cours actuel de l'action sous-jacente. Ainsi, une forte prime de conversion indiquera que la convertible est loin de son prix d'exercice et que le prix de celle-ci aura tendance à peu bouger par rapport aux variations de prix de l'action à laquelle est liée l'obligation convertible considérée. On parlera dans ce cas de convertible de type obligataire. A l'inverse une prime basse indiquera une forte proximité de ce prix de conversion et ainsi une sensibilité accrue de l'obligation convertible par rapport à l'action à laquelle elle est liée. Ici l'obligation convertible sera plutôt de type action.

Or, depuis 2001, avec des marchés boursiers peu reluisants, la moyenne des primes de conversion de toutes les obligations convertibles européennes atteignait un plus haut historique de plus de 300% à la fin mars 2003, comme le montre le graphique ci-contre.

Et même si depuis cette date la prime moyenne n'a pas cessé de baisser, elle se situait, encore au début de cette année dans une bande de fluctuation allant environ de 85% à 100%. C'est dire au combien le marché des convertibles européennes était peu sensible aux actions, et donc plutôt de type obligataire. Cependant, depuis le début de l'été, cette moyenne a fortement chuté pour s'établir aujourd'hui en dessous des 50%, ce qui fait complètement changer les caractéristiques fondamentales de ce marché, que beaucoup disaient éteint. Ainsi, grâce aux mouvements exceptionnels des marchés boursiers ces derniers mois, mais aussi grâce à une bonne reprise de la volatilité de ces derniers, le nombre d'émissions avec des primes de conversion inférieures à 50% représente désormais 70% des convertibles en Europe.

Ainsi, concrètement, qu'apporte une telle mue de ce marché que l'on qualifie à juste titre de marché hybride? En réalité, les conclusions sont de plusieurs types. Tout d'abord, les convertibles s'adaptent» automatiquement» à l'environnement boursier dans lequel elles sont plongées. Ainsi, dans des marchés plus difficiles et baissiers, les primes de conversion s'élargissent et adoptent donc un profil plus conservateur en s'apparentant plus à une obligation qu'à une action. A l'inverse, quand les marchés reprennent de la vigueur, comme c'est le cas ces derniers mois, les primes s'estompent et les convertibles réagissent de plus en plus fort aux mouvements haussiers des actions, leur profil devient ainsi plus agressif et de type action. Cet ajustement de profil» automatique» convient donc aussi à des investisseurs moins actifs qui, au lieu de procéder périodiquement à des changements fondamentaux d'allocation d'actifs de leur portefeuille, préfèrent en minimiser les coûts de transaction en introduisant des convertibles. Mais outre ce genre d'investisseurs peut-être moins dynamiques, l'opportunité est aujourd'hui fort belle d'introduire des convertibles, même pour des investisseurs beaucoup plus actifs. En fait, les actions ayant aujourd'hui fort progressé, il convient peut-être de commencer à prendre des profits ici ou là. Or, les marchés boursiers pourraient encore surprendre et continuer leur ascension, même après une phase de saine consolidation. Les convertibles étant aujourd'hui plus sensibles aux actions que par le passé, elles constituent donc un excellent» switch «, qui permettrait de prendre des profits sur certaines valeurs ayant bien monté, et par la même occasion de garder encore une certaine exposition aux titres considérés par le biais d'un investissement dans les obligations convertibles dans les actions considérées.