Les obligations convertibles sont souvent considérées, par les investisseurs occasionnels sur ce genre d'instrument financier, comme des véhicules de placement de type «purement» obligataire. De ce fait, ils finissent par renoncer à les acheter en période de hausse des taux d'intérêt, craignant une perte sèche en capital, comme ce serait effectivement le cas sur les obligations ordinaires, c'est-à-dire sans facteurs de conversion en une action sous-jacente.

Cependant, il serait totalement minimaliste de réduire les convertibles uniquement à leurs caractéristiques obligataires. Il est certain qu'une hausse des taux d'intérêt ne peut qu'affecter négativement la composante obligataire de toute obligation convertible, car, après tout, ces dernières restent tout de même un véhicule de placement obligataire, mais pas seulement… et même loin de là…

En réalité, les taux d'intérêt ne sont qu'une des quatre variables qui affectent le prix d'une convertible. Les autres facteurs étant: le cours de l'action sous-jacente (caractéristique fondamentale), la volatilité de ce même cours d'action (caractéristique optionnelle) et la variation de la qualité de signature du débiteur (caractéristique de crédit). Ces facteurs ont par conséquent des influences plus ou moins positives ou plus ou moins négatives, qui peuvent s'annuler entre elles ou se compenser.

L'art d'une bonne gestion convertible étant de miser sur le ou les facteurs qui auront le vent en poupe, et ainsi être susceptible de faire s'annuler les facteurs négatifs, ou même de faire encore mieux, ceci afin de dégager une performance absolue positive quel que soit le moment considéré.

Ainsi, et paradoxalement, une hausse des taux d'intérêt peut entraîner une hausse du cours d'une obligation convertible. En effet, une période de hausse des taux d'intérêt devrait correspondre à une période inflationniste, et, en totale simplification (!), à un cycle économique relativement favorable (voire même trop!), avec des sociétés affichant des résultats en hausse, et ainsi à des cours boursiers en ascension…

Les obligations convertibles peuvent ainsi être une alternative idéale et même indispensable dans l'allocation obligataire stratégique d'un portefeuille diversifié, car les obligations ordinaires, qui auront toujours leur place dans un tel portefeuille, ne pourront que voir leur cours baisser, et ce même en en minimisant la duration. Dans ce cas, les convertibles pourraient même être considérées comme une manière de protéger effectivement un tel type de portefeuille (ou cette allocation précise), en essayant de sélectionner les convertibles dont le cours est nettement plus sensible aux caractéristiques de type action, qu'aux facteurs typiquement obligataires.

Ceci est loin d'être une mince affaire, c'est pourquoi les investisseurs institutionnels recourent de plus en plus à des gérants de fonds spécialisés, qui eux ont l'habitude de manipuler ces quatre variables. Ils pourront ainsi réellement «piloter» leur fonds en accordant plus ou moins d'importance à l'une ou à l'autre de ces variables afin d'en tirer le meilleur parti en fonction du cycle économique en question.

D'ailleurs, afin de mieux illustrer cette relation insolite entre les taux d'intérêt et les obligations convertibles, il suffit d'analyser ce qui est en train de se passer depuis le 10 février de cette année. Les indicateurs obligataires, à l'image du future Euro-Bund, n'ont de cesse d'abandonner du terrain, dans ce cas précis – 1,38% (au 8 mars 2005), alors que l'indice Goldman Sachs Bloomberg Euro-Zone Convertible Index, sur la même période gagne 0,25%.

Cet écart, même s'il est modeste pour le moment, pourrait en réalité bien être le précurseur d'une tendance plus large et générale qui devrait prévaloir tout au long de cette année…