Bonne nouvelle sur les marchés de la dette aux Etats-Unis: des banques ont réussi à vendre des obligations auprès d'investisseurs privés. Les émetteurs sont pourtant des noms sérieusement affectés par la crise, comme Morgan Stanley ou Goldman Sachs, deux courtiers qui ont précipitamment dû se convertir en banque en septembre dernier pour échapper à la crise, ou JPMorgan Chase.

La conséquence positive de ces achats est une baisse des rendements servis par ces obligations d'entreprises. «Cela contribue à éloigner le risque d'un blocage complet du crédit», note Daniel Varela, de la banque Piguet à Genève.

L'écart de rendement entre les titres de Goldman Sachs et les bons du Trésor américain n'est que de deux points de pourcentage, nettement moins que les cinq points observés pendant les semaines qui avaient suivi la faillite de Lehman Brothers à la mi-septembre.

Cette bonne nouvelle est néanmoins accompagnée d'une mauvaise. Seuls les titres émis par des banques jouissant d'une garantie du gouvernement américain trouvent des acheteurs en nombre. Ces derniers investissent en fait dans du papier considéré comme aussi sûr qu'un traditionnel bon du Trésor, mais avec un rendement considérablement plus élevé.

Inconnues

Outre la garantie publique, l'intérêt des investisseurs est stimulé par le plongeon des rendements des emprunts d'Etat. Offrant 2,8% seulement, le bon à 10 ans ne couvre même pas la hausse des prix à la consommation. Ceux-ci étaient inscrits à 3,7% à la fin octobre.

La situation européenne n'est pas différente. Quoique plus élevés, les rendements des emprunts d'Etat couvrent à peine la hausse des prix lorsqu'ils ne se situent pas carrément en dessous. C'est la situation des emprunts à 10 ans de la Confédération, qui offrent un taux de 2,14%. L'inflation est de 2,6%.

Moins de demandes

En comparaison, les emprunteurs privés de première catégorie demeurent nettement moins demandés. Nestlé doit offrir actuellement du 2,9% pour attirer des acheteurs, plus que l'écart de rendement traditionnel. La tendance ne paraît pas vouloir changer.

Daniel Varela identifie deux raisons à ce comportement: «Les gouvernements européens n'offrent pas de garantie, et les investisseurs ne savent toujours pas quel sera le coût de la crise pour des entreprises, même grandes et solides.»