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Les obligations vertes sont une alternative pour les investisseurs.
© Richard Drew / AP

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Les obligations vertes battent des records

Après les Etats, les entreprises ont toujours plus recours à la dette pour financer des projets environnementaux. L’intérêt des investisseurs est croissant. Reste, parfois, à vérifier la crédibilité de l’émetteur

Donald Trump avait à peine tourné le dos à l’Accord sur le climat, début juin, que des entreprises américaines réagissaient. Pas simplement en disant leur désaccord. Apple l’a fait via les marchés en émettant une obligation «verte» d’un montant de 1 milliard de dollars. Ce n’était pas la première opération de ce genre pour le géant technologique californien, qui a beaucoup investi dans l’efficience énergétique de ses bâtiments, mais le timing n’est pas passé inaperçu.

Ces obligations vertes, ou «greens bonds», permettent de lever des fonds pour des projets liés à l’environnement. Les premières ont été émises il y a dix ans par des entités publiques et des banques de développement pour quelques centaines de millions de dollars par année.

Croissance exponentielle

Mais la tendance s’accélère. En 2016, les émissions ont atteint 97 milliards de dollars. Un tiers provient d’institutions publiques, 35% d’institutions financières et 20% d’autres entreprises. Cette année, d’après la banque suédoise SEB, les émissions pourraient atteindre le montant record de 125 milliards. «N’importe quelle entreprise peut émettre une obligation verte. L’aspect «vert» d’une obligation dépendra notamment du projet qu’elle souhaite financer», explique Catherine Reichlin, responsable de la recherche financière chez Mirabaud à Genève. Il peut s’agir de projets d’infrastructure, d’améliorer l’efficience énergétique d’un processus ou d’un bâtiment, ou, pour une banque, de financer des prêts à des PME ou des particuliers ayant des projets verts.

La Chine et le Luxembourg font figure de leaders dans ce domaine, l’un par la taille de sa dette – 32 milliards en 2016, soit un tiers des montants levés l’an dernier venant de projets chinois –, l’autre par la présence de nombre d’obligations cotées sur sa bourse. Mais Paris se profile aussi. La France a d’ailleurs levé 7 milliards d’euros en janvier, le plus grand emprunt dans ce domaine; 24% des émetteurs sont des entreprises françaises et 27% des «green bonds» sont achetés par des investisseurs français.

Première émission en Suisse

En Suisse aussi, des projets émergent. Fin juin, la société spécialisée dans le recyclage Helvetia Environnement a récolté 75 millions de francs à une échéance de cinq ans et un coupon de 3,625% auprès d’investisseurs privés et institutionnels. C’était la première émission de ce type d’une entreprise suisse, en franc. Noté BB− par Euler Hermes, l’emprunt est coté à la bourse suisse et devra servir à financer des projets dans la gestion des déchets et du recyclage. Le groupe prévoit notamment de commencer à la fin de cette année de construire un centre de tri entièrement automatisé, dont le coût total est de 20 millions, et qui a pour but d’améliorer le taux de recyclage et de valorisation des matières traitées en Suisse, a expliqué la société. Tout en rappelant que le pays est le deuxième producteur de déchets par personne au monde.

Catherine Reichlin constate aussi la croissance exponentielle de ces placements éthiques et l’intérêt grandissant des investisseurs, en premier lieu institutionnels, mais aussi, plus récemment, privés. Zurich Insurance, par exemple, est l’un des grands investisseurs dans ce domaine, dans lequel il a placé plus de 1,6 milliard et vise les 2 milliards. Plusieurs gérants d’actifs, dont Lombard Odier, ont aussi mis en place des fonds de placement en obligations vertes, tandis qu’un ETF – un fonds indiciel coté en bourse – a été lancé en début d’année par la filiale de gestion d’actifs de Société Générale, Lyxor.

«Vert» ne signifie pas nécessairement plus sûr, prévient toutefois Catherine Reichlin. Comme pour toute obligation, cela dépend de la solidité financière de l’émetteur, et «toutes sortes d’émetteurs se financent sur ce marché». D’ailleurs, «du point de vue purement financier, le rendement devrait être le même pour une obligation traditionnelle ou une obligation verte d’un même émetteur – il s’agit du même bilan et du même risque financier», souligne-t-elle. Ce qui change, c’est l’intérêt de l’investisseur pour les questions écologiques et l’importance de savoir pour quoi ses fonds seront utilisés.


Comment déterminer ce qui est «vert»

L’affaire avait fait parler dans le secteur, car elle résume toutes les contradictions qui lui sont liées. En mai dernier, Repsol, géant pétrolier espagnol, levait 500 millions de dollars d’«obligations vertes». Le spécialiste de l’énergie fossile estimait que ces fonds pourraient l’aider à réduire ses émissions à effet de serre et à rendre ses équipements plus efficaces, écologiquement parlant.

L’annonce a divisé l’industrie. Le consultant Eiris, qui vérifie les projets, a considéré l’obligation de Repsol comme vraiment verte. La Climate Bond Initiative, en revanche, a jugé qu’elle n’avait rien à faire dans cette catégorie, puisque l’opération contribue à prolonger l’utilisation d’une énergie fossile tout ce qu’il y a de plus néfaste pour l’environnement.

Autoproclamé «vert»

Pour l’instant, n’importe qui peut s’autodéfinir comme «vert». Il n’y a pas de régulation. Mais il existe des standards depuis 2013 – les Green Bonds Principles – et un nouveau label a vu le jour au Luxembourg, LuxFlag, avec des critères à respecter et l’assurance d’une vérification indépendante. Il existe en outre des sociétés spécialisées qui évaluent les projets et leur réalisation et donnent – ou non – une certification. Les grandes agences de notation s’y mettent aussi. Standard & Poor’s, par exemple, dispose depuis avril d’un service qui évalue dans quelle mesure ces obligations profitent à l’environnement, de même que la gouvernance des projets et la transparence du financement. Moody’s le fait depuis l’année dernière.

Il y a cependant des limites à l’auto-proclamation. Catherine Reichlin rappelle que le marché est vigilant: il est arrivé que des obligations vertes ne soient pas validées comme telles par les investisseurs. Et l’experte de citer le cas d’une entreprise chinoise spécialisée dans l’éolienne dont la levée et l’utilisation des fonds ne respectaient pas les normes du domaine. Le marché n’a pas accordé d’étiquette verte à l’emprunt.

De fait, d’après Bloomberg New Energy Finance, à la fin de 2016, 80% des émetteurs s’étaient engagés à faire un rapport sur l’utilisation des fonds et l’impact sur l’environnement, ou de se soumettre à une évaluation externe, contre 70% au début de 2015.

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