On ne sait pas si le Conseil fédéral goûtera la plaisanterie. En octobre, le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, avait reçu un cactus du magazine Schweizer Illustrierte pour avoir proposé d’inscrire la Suisse sur une «liste noire» de paradis fiscaux. Aujourd’hui, la menace est en passe de devenir réalité – et Peer Steinbrück a bien l’intention de renvoyer son cactus à l’expéditeur.

Pour la Suisse, le cadeau risque d’être difficile à avaler. Car il est assorti d’un marché que Peer Steinbrück a détaillé mardi à Paris, lors d’un sommet franco-allemand. Si elle veut échapper à la «liste noire», a-t-il expliqué, la Confédération devra accepter un échange d’informations dans les cas d’évasion fiscale. Cette concession sonnerait le glas du secret bancaire traditionnel, qui assure la discrétion aux fonds soustraits au fisc hors des cas de fraude.

Sanctions

Le Conseil fédéral n’a pas réagi, hier, à ces déclarations. A Berne, on assure seulement qu’une stratégie sur le secret bancaire sera arrêtée d’ici quelques jours. Le temps presse: la «liste noire» doit être discutée par les ministres des Finances du G20, qui regroupe les principales économies de la planète, du 12 au 14 mars, avant une possible approbation au sommet du 2 avril à Londres.

Christine Lagarde, la ministre française de l’Economie, a appelé la Suisse à faire un «travail d’introspection» sur le sujet. Elle a confirmé que la liste noire sera assortie de sanctions, comme la suppression des traités de double imposition, ce qui pourrait alourdir les impôts des entreprises étrangères investissant sur le sol helvétique.

Jusqu’à présent, Christine Lagarde passait pour une grande amie de la Suisse. Ce n’est plus le cas: «Sarkozy a donné des ordres, elle s’est fait secouer par l’Elysée», explique un connaisseur du dossier.

Selon cette source, un consensus existe entre les grands pays européens pour lister, outre la Suisse, le Luxembourg, Singapour et Hong­kong. Il ne reste plus qu’à convaincre les Etats-Unis, et surtout certains pays émergents membres du G20 qui, comme l’Arabie saoudite, ne passent pas pour des modèles de transparence financière.