Le placement de produits dans les films de James Bond coûte cher. Seul le banquier suisse, présenté comme un être un peu naïf mais fiable, apparaît souvent gratuitement entre les produits de marque haut de gamme. Mais lorsqu’il s’agit de transactions boursières conçues astucieusement, d’autres destinations sont mises à l’honneur. Bien que ce soit rassurant pour les responsables de la conformité des banques suisses, cela suggère que la Suisse ne joue pas un rôle important dans la gestion d’actifs.

Les différences entre la gestion d’actifs et la gestion de patrimoine sont variées. Le modèle des banques universelles omet que l’activité business to customer (B2C, gestion de patrimoine) diffère considérablement de l’activité business to business (B2B, gestion d’actifs).

Le rôle de la Suisse comme site de gestion de patrimoine

La Suisse a atteint une position de leader en tant que site de gestion de patrimoine pour les riches de ce monde, avec une part de marché d’environ 30% des fortunes gérées à l’étranger. Pendant des années, les banques qui se trouvaient au cœur de la chaîne de création de valeur ont profité du fait qu’elles étaient aussi bien payées directement par le client pour leurs services qu’indirectement par des commissions que le gestionnaire d’actifs appliquait sur les produits financiers du client et remboursait aux banques (rétrocessions). Enfin, les banques n’avaient à entretenir qu’un seul canal de distribution, puisque la plupart des relations avec les clients étaient soumises au droit suisse, prétendument local.

Dans cette constellation, les banques de gestion de fortune se concentraient sur les relations avec leurs clients, auxquelles elles apportaient un soin optimal. A cet effet, elles pouvaient se servir parmi l’offre globale des gestionnaires d’actifs qui considéraient le marché suisse comme extrêmement attrayant.

Aujourd’hui, tout est différent

Le modèle d’affaires des banques de gestion de fortune en Suisse est désormais exposé à une combinaison toxique de facteurs entravant la rentabilité: les chiffres d’affaires sont sous pression en raison de l’effritement des gains indirects et de la pression concurrentielle croissante sur les gains directs. Les coûts de distribution explosent en raison de la multiplication des canaux de distribution, requis par la stratégie de l’argent propre pour établir la conformité avec les règles du domicile du client. Ceci est également valable pour les gestionnaires de fortune indépendants.

Ainsi, il est fort probable que l’industrie se mette à chercher de nouvelles sources de revenu et découvre ainsi la fonction de gestion d’actifs. Avec l’initiative Asset Management d’une association de banquiers, incluant la Swiss Fund & Asset Management Association (SFAMA) ainsi que d’autres organisations, il est prévu que la Suisse devienne un emplacement de premier plan au niveau mondial pour la gestion d’actifs. Compte tenu de la position du pays, classé sixième (derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le Japon), d’une part de marché de 4,3% et du pouvoir de marché écrasant des acteurs établis, cet objectif semble très ambitieux.


L’industrie de la gestion d’actifs est réinventée

Mais cette prévision est susceptible de se vérifier à courte vue, car l’industrie de la gestion d’actifs connaît un formidable élan. Il n’y a qu’à regarder le plus grand gestionnaire d’actifs au monde actuellement, BlackRock, qui gère 4700 milliards de dollars d’actifs, fondé en 1988 et qui n’était à l’origine qu’une petite entreprise de gestion des risques. En outre, de nombreux éléments laissent à penser que le secteur financier – et donc la gestion d’actifs – connaît désormais un renouveau en lien avec les innovations technologiques. Si cette branche devait connaître le même sort que d’autres avant elle (les librairies et Amazon, l’industrie de la musique et Apple, les quotidiens et Internet), alors on peut s’attendre à ce que les chaînes de création de valeur intégrées soient brisées. Cela n’est pas de bon augure pour le modèle des banques universelles, toujours prédominant en Suisse – et sans doute encore moins pour les gestionnaires d’actifs prisonniers de ces chaînes de création de valeur intégrées. L’avenir nous dira si les acteurs actifs à Genève parviendront à transformer ce système complexe et à l’amener vers plus de flexibilité. Globalement, la place financière suisse gagnera largement en capacité à innover si la diversité des acteurs indépendants, actifs ici, augmente. Le banquier suisse précité devrait donc se réunir plus souvent avec Q qu’avec Bond…