Nicolas G. Hayek a connu de son vivant l’honneur d’accéder au rang de «légende» helvétique. Ni le roi des chemins de fer, Alfred Escher, ni le fondateur des coopératives Migros, Gottlieb Duttweiler, n’avaient connu une telle faveur. Le «sauveur de l’horlogerie» a indéniablement imprimé son sceau sur toute l’industrie helvétique, conclut le journaliste alémanique Jürg Wegelin dans Mister Swatch, une biographie parue lundi.

Cette note enthousiaste n’a pas empêché Nicolas Hayek de critiquer vertement l’ouvrage dans une récente interview à l’Aargauer Zeitung. L’auteur émet des «affirmations erronées» pour mieux vendre son livre, explique le président de Swatch Group, qui convenait au passage qu’il ne l’avait pas lu. Il avait d’ailleurs refusé d’accorder un entretien à Jürg Wegelin, estimant qu’il était trop tôt pour se livrer à ce genre d’exercice.

L’ouvrage dresse un portrait neutre mais sans concessions, couvrant l’ensemble de la carrière du célèbre industriel. De son enfance passée au Liban aux questions de succession, Jürg Wegelin égrène les thèmes, sans toutefois mettre au jour de nouveaux éléments. Le président de Swatch Group a une «grande soif de reconnaissance», note le livre. C’est ce trait de figure qui expliquerait pourquoi Nicolas Hayek s’octroie parfois la paternité de la fameuse Swatch plastique, «alors que cette montre était née avant même qu’il reprenne le groupe horloger en main», selon Jürg Wegelin. Qui raconte dans la foulée toute la saga de la fusion SSIH-ASUAG dans les années 1980, sous la houlette d’Ernst Thomke. Puis le conflit qui a opposé les deux industriels, «aux caractères diamétralement opposés».

L’ouvrage regorge aussi d’anecdotes, comme la tentative de Nicolas Hayek de lancer une marque de luxe, Louis Brand, du nom du ­fondateur d’Omega. Le projet tournera au flop, aujourd’hui passé dans les oubliettes horlogères. Ou la brouille qui l’opposa dans les années 1990 à Klaus Schwab, le fondateur du Forum de Davos, qui démissionna de la vice-présidence du conseil d’administration parce qu’il estimait ne pas avoir son mot à dire.

Jürg Wegelin, Mister Swatch, Nicolas Hayek und das Geheimnis seines Erfolg, Nagel & Kimche, 239 pages.