Ngozi Okonjo-Iweala n’a pas chômé durant le week-end. Après la décision prise vendredi soir de reporter la 12e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à cause des incertitudes liées à Omicron, le nouveau variant du Covid-19, la directrice a mobilisé ministres et diplomates afin qu’une solution soit trouvée rapidement pour assurer l’accès aux vaccins dans les pays à faible revenu. Dans un grand nombre de pays africains, le taux de vaccination ne dépasse pas les 5%.

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«Outre les menaces d’Omicron et la 5e vague de l’épidémie qui submerge de nombreux pays, il y va aussi de la crédibilité de l’OMC qui se voit devant le défi de trouver une réponse au problème d’accès aux vaccins», analyse un diplomate basé à Genève. C’est ainsi que les négociateurs ont répondu présent lundi matin à une réunion spéciale à l’OMC pour définir la marche à suivre après le renvoi de la ministérielle. Lundi après-midi, le Conseil de l’Accord de l’OMC sur les aspects des droits de propriété intellectuelle (ADPIC) était à pied d’œuvre. D’autres réunions sont prévues ces prochains jours.

Proposition absurde

Les propositions qui sont sur la table sont connues. En premier, celle avancée par l’Afrique du Sud et l’Inde, qui demande une dérogation temporaire sur les règles de la protection de brevets de vaccins, de traitements et de diagnostics, le but étant d’augmenter la production notamment de vaccins. Ensuite, la contre-proposition de l’Union européenne, qui préconise un usage simplifié et rapide de «licences volontaires» sur le modèle du contrat signé entre AstraZeneca et le Serum Institute of India pour produire des doses de vaccins pour le marché indien.

La Suisse, le Royaume-Uni, mais aussi la Fédération internationale de l’industrie du médicament (FIIM) soutiennent cette deuxième option. «Avant que la réunion de l’OMC ne soit reportée, nous avons dit que la proposition de dérogation aux brevets était contre-productive et était une mauvaise réponse à un problème complexe, répond la FIIM au Temps. Contre toute attente, les fabricants de vaccins aux Etats-Unis, en Europe, en Chine et en Inde ont augmenté la production de manière exponentielle. Cette augmentation rend la proposition Inde-Afrique du Sud absurde.»

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Le message de la Suisse n’est pas différent. «Il faut travailler à faciliter l’utilisation des licences volontaires, plutôt que démanteler le système existant de la propriété intellectuelle, qui a fait ses preuves, a affirmé lundi le Département de l’économie au Temps. Nous demeurons prêts à nous montrer constructifs et pragmatiques dans les discussions.»

Pas de temps à perdre

Soit. Un communiqué publié lundi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) apporte un éclairage précieux. Près de 90 millions de doses de vaccins ont été livrées à ce jour en Afrique par le biais du système Covax mis en place par l’OMS et de l’African Vaccine Acquisition Trust de l’Union africaine. Plusieurs autres millions ont été reçus par des accords bilatéraux. La majorité des dons effectués étaient toutefois ponctuels, fournis avec peu de préavis et dont la date de péremption des doses était proche. Lundi, la Chine a encore promis un milliard de doses de vaccins anti-covid à l’Afrique, sous la forme de dons ou de soutien à la production locale, afin de combler le «vide vaccinal» accusé par le continent.

«En convoquant le Conseil de l’ADPIC d’urgence, l’OMC met ses membres sous pression», affirme notre interlocuteur. Selon lui, une conférence ministérielle n’est pas indispensable pour valider un accord. En effet, le Conseil général, qui est son organe décisionnel, peut valider un accord négocié par le Conseil de l’ADPIC.

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La pression sur les Etats vient aussi du monde associatif qui s’est mobilisé en faveur d’une dérogation sur les brevets. «L’émergence d’un nouveau variant est un exemple éloquent de la façon dont ce virus continue de muter, en particulier en l’absence d’un accès équitable aux bons outils médicaux, déclare Candice Sehoma, responsable de la Campagne d’accès aux médicaments essentiels de Médecins sans frontières en Afrique du Sud. Avec des millions de vies en jeu, le monde ne peut pas se permettre de perdre plus de temps.»

Par ailleurs, entre 200 et 300 chaises vides, synonymes de 5,2 millions de vies sacrifiées au Covid-19, seront installées par un collectif d’organisations suisses et européennes mardi matin à la place des Nations. Une manifestation à la bougie partira en fin de journée de la place Lise-Girardin en direction de la place des Nations.