Le Royaume-Uni, la Belgique et les Pays-Bas. Dans leurs liens avec la Suisse, ces pays ont deux points communs: ils font partie depuis quelques jours des régions pour lesquelles une quarantaine est exigée à l’arrivée sur sol helvétique. Et ils sont aussi sur la liste des principaux pourvoyeurs de visiteurs étrangers durant l’hiver.

Dans un monde exempt de covid, les visiteurs en provenance de ces trois territoires représentent entre 10 et 15% des nuitées hivernales dans le canton du Valais. Mais cette part est plus élevée dans les stations à vocation internationale, comme Zermatt, Crans-Montana ou Verbier. Ces dix jours d’isolement imposés sont rédhibitoires pour celles et ceux qui avaient prévu de passer leurs vacances d’hiver dans des Alpes suisses.

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De quoi provoquer, déjà, des annulations en cascade? A Zermatt, où la moitié des nuitées sont générées par des visiteurs étrangers, «les mois à venir étaient déjà incroyablement bien remplis, souligne la porte-parole de l’Office du tourisme du pied du Cervin. Nous étions en bonne voie pour atteindre les niveaux d’avant la pandémie.»

Mais la situation a changé: «Il est clair que le renforcement des règles d’entrée nous touche de plein fouet. Sans pouvoir encore les quantifier, nous enregistrons des annulations de la part de touristes qui ne sont plus en mesure de voyager en Suisse sans quarantaine.» Pour Zermatt, les hôtes des Pays-Bas et du Royaume-Uni «sont extrêmement importants, ils font partie de notre top 10.»

Comme une interdiction de voyager

Alors que l’heure est encore à l’évaluation, les médias britanniques se sont, eux, déjà prononcés. Pour le Evening Standard, le retour des quarantaines est à considérer comme une véritable interdiction d’entrée pour les ressortissants d’outre-Manche. «Cette décision va anéantir les espoirs de milliers de vacanciers qui avaient prévu de dévaler les pistes pour Noël», tranche le quotidien londonien. Pour The Guardian, qui s’est intéressé aux agences de voyages britanniques, la décision suisse, ajoutée à celle du gouvernement espagnol, est «un nouveau coup dur pour l’industrie du tourisme.»

Cité par le quotidien, TUI, via sa marque Crystal Ski, affirme que «tous les clients qui ne veulent pas voyager, mais dont le voyage est prévu jusqu’au 13 décembre peuvent modifier leurs vacances sans frais. Si une quarantaine est toujours appliquée pour toutes les arrivées du Royaume-Uni, nous annulerons les vacances sans frais dans les 14 jours.»

Une flexibilité inédite, donc, pour le géant du voyage. Qui n’est pas le seul à faire preuve de souplesse. Tous les prestataires ont été forcés d’assouplir leurs conditions d’annulation depuis mars 2020. Y compris dans le milieu de la parahôtellerie. C’est la raison pour laquelle l’Observatoire valaisan du tourisme, avec son outil de surveillance de quelque 5000 objets à louer dans le canton, perçoit déjà la trace d’Omicron. «Il y a une érosion des réservations, assure son responsable, Nicolas Délétroz. Et pour les visiteurs des Pays-Bas, nous observons déjà davantage d’annulations que de réservations.»

La neige pour compenser?

Mais il est un autre effet, lui plus compliqué à évaluer: le nombre de réservations potentielles qui, au vu de la situation, ne seront jamais réalisées. Car toute incertitude est préjudiciable, confirme la porte-parole de Suisse Tourisme, Véronique Kanel: «Elle a pour corollaire une diminution de l’envie de voyager et de planifier des séjours, quelle que soit l’origine des hôtes.»

Nouvelle vague ou non, le tourisme suisse n’était toutefois pas dupe: les Suisses allaient constituer, cet hiver encore, la principale source de revenus. «La demande de la part de visiteurs suisses semblait un peu moins importante que l’an dernier à la même période», note toutefois Nicolas Délétroz. Il utilise l’imparfait parce que la donne pourrait changer cette semaine. Si la situation sanitaire se détériore, les Suisses qui avaient prévu de se rendre dans un pays chaud à Noël se reporteront peut-être à nouveau sur les Alpes. La neige tombée en plaine ces derniers jours pourrait aussi les inciter à, finalement, voyager local.

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