Situation contrastée sur le front des hydrocarbures. En Europe, les prix du gaz naturel baissent tandis que les cours de pétrole brut s’élèvent.

Les contrats de gaz à un mois aux Pays-Bas, une référence, ont baissé mercredi de 4,6% à 75,153 euros par mégawattheure, relève l’agence Bloomberg, confirmant la tendance de la semaine. Le contrat équivalent au Royaume-Uni s’est établi à 179,98 pence le thermomètre (-5,4%). Sur le marché du pétrole, la tendance s’inverse: le baril de Brent s’échange à 82 dollars jeudi, grimpant depuis un creux à 64 dollars début décembre engendré par l’arrivée d’Omicron. Il se rapproche désormais de son pic du 1er novembre, quand il s’échangeait à 84 dollars, un sommet depuis 2014.

Coup de pouce météorologique

Le retour du froid augmente la demande en gaz en Europe mais le marché a connu un répit, avec un début d’hiver doux. Entre-temps, les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) des Etats-Unis en Europe (par le biais de méthaniers) ont connu une forte hausse – elles ont même atteint un record en décembre. Un nombre croissant de bateaux arrivent aussi du Moyen-Orient: ils sont moins happés par la demande en Asie, où le temps est plus clément que prévu. La demande en gaz, une énergie qui sert largement à produire de la chaleur, dépend beaucoup de la météo.

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Washington indique que d’éventuelles sanctions contre la Russie, qui menace d’envahir l’Ukraine, n’auraient pas d’incidences sur l’approvisionnement énergétique en Europe. Le continent, malgré l’arrivée des énergies renouvelables, dépend largement du gaz russe, qui se fait plus rare cette année. L’ouverture prévue du Nord Stream 2, un gazoduc sous la mer Baltique, doit permettre de faciliter, et d’augmenter, les importations de gaz russe.

L’Europe fait face à une pénurie d’énergie. Les prix du gaz ont plus que triplé en 2021 et les coûts de l’électricité ont plus que doublé, alors que la demande reste forte et que les centrales nucléaires et au charbon ferment.

Sur le front du pétrole par contre, l’offre se tend et les réserves baissent. Cette semaine, les stocks américains de brut ont chuté de 4,6 millions de barils, la septième baisse consécutive en autant de semaines. Ils sont inférieurs de 8% à leur niveau moyen des cinq dernières années à la même époque, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), de quoi d’autant plus influencer les cours du brut que le dollar est faible.

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«Beaucoup s’inquiètent du fait que l’OPEP+ (l’OPEP et ses alliés) n’ait pas suffisamment de capacités pour équilibrer le marché en 2022», relève dans une note Bart Melek, le responsable de la stratégie matières premières chez TD Securities. James Williams, du cabinet WTRG Economics et cité par l’AFP, estime pour sa part qu’Omicron est déjà dans le rétroviseur et que la demande va se préciser. «On va bientôt atteindre le pic (de cas positifs), si ce n’est déjà fait. D’ici février, ce sera derrière nous. Les marchés voient au-delà d’Omicron», selon l’analyse. «Omicron n’a pas encore fait les ravages du variant Delta et pourrait ne jamais les faire, maintenant la reprise mondiale est sur la bonne voie», renchérit Jeffrey Halley, analyste chez Oanda Asie Pacifique.

L’EIA estime néanmoins que le cours du Brent va baisser cette année et la suivante, parce que les stocks vont à nouveau se remplir. Quant aux prix du gaz en Europe, ils devraient rester élevés ces deux prochaines années, a anticipé Chris O’Shea, le patron de Centrica, un important fournisseur de gaz au Royaume-Uni.