«On ne peut pas affirmer qu’il n’y aura plus jamais de crise bancaire»

Banques Danièle Nouy dresse le bilan d’une année d’activité à la tête du Mécanisme de supervision unique

La zone euro veut veiller à la solidité du système bancaire

La Française Danièle Nouy a pris les fonctions de présidente du Conseil du Mécanisme de supervision unique (MSU), l’un des trois piliers de l’Union bancaire, en janvier 2014. Tirant les leçons de la crise bancaire de 2007-2008, l’Union européenne a mis en place cette méga-structure dans le but de prévenir de nouvelles crises et d’assurer que les contribuables ne soient plus sollicités pour sauver des banques privées. Les Vingt-Huit ont aussi voulu veiller à la solidité du système bancaire, qui joue un rôle clé dans le tissu économique, notamment dans le financement des petites et moyennes entreprises. Sur quelque 5000 banques en Europe, le MSU, qui est rattaché à la Banque centrale européenne (BCE), assure la supervision directe des 123 groupes bancaires les plus importants (comprenant 1200 banques) de la zone euro, soit ceux qui représentent un risque systémique. A la veille d’une conférence qu’elle donne ce mardi 21 avril au Centre international d’études monétaires et bancaires à Genève, Danièle Nouy fait un bilan du MSU après une année d’activité.

Le Temps: Le MSU, mais plus largement l’Union bancaire, a été mis en place pour rétablir la confiance dans le secteur bancaire après la crise de 2008. Objectif atteint?

Danièle Nouy: De mon point de vue, oui. La qualité des bilans des banques s’est beaucoup améliorée. Le test de résistance, dont les résultats ont été publiés en octobre dernier, a établi les besoins d’assainissement et de recapitalisation, qui ont été traités. Cela dit, alors que l’Union bancaire se met en place, la croissance et la création d’emplois au sein de l’Union ne sont toujours pas au rendez-vous. Cela reste une préoccupation majeure au sein de la zone euro, qui n’est pas sans conséquences pour les banques.

– Etes-vous satisfaite de l’ensemble de l’édifice mis en place pour éviter une nouvelle crise bancaire? Pouvez-vous affirmer que l’Europe est vaccinée contre toute crise bancaire?

– Non, on ne peut pas affirmer qu’il n’y aura plus jamais de crise bancaire. Prendre des risques fait partie de l’activité bancaire. En revanche, les mécanismes mis en place nous permettent d’y faire face de façon ordonnée. D’une part, les exigences renforcées en termes de quantité et de qualité des fonds propres feront en sorte que les banques auront recours à leurs propres ressources au lieu de solliciter les caisses publiques. D’autre part, le Mécanisme de résolution unique sera pleinement opérationnel l’an prochain.

– Les 55 milliards d’euros prévus pour ce fonds sont-ils vraiment suffisants, sachant que les Etats ont mis près de 1000 milliards d’euros pour sauver les banques lors de la dernière crise?

– Lorsqu’il s’agira d’intervenir, cette somme s’ajoutera à la mobilisation («bail-in») des fonds propres des banques, de la dette subordonnée ainsi que des autres dettes bancaires pouvant faire l’objet de ce bail-in. Selon nos calculs, les 55 milliards d’euros prévus pour le fonds de résolution auraient été suffisants pour traiter toutes les difficultés des banques, sauf une, lors de la dernière crise, et cela sans même les nouveaux mécanismes en place.

– En octobre dernier, le MSU a publié les résultats des tests de résistance de 130 banques. Ils étaient plutôt rassurants, non?

– En effet. Les résultats ont été rassurants dans la mesure où les banques avaient déjà renforcé leurs bilans à hauteur de 250 milliards d’euros avant le test de résistance. Le test a identifié 25 établissements qui avaient un besoin supplémentaire de 25 milliards d’euros. Depuis, la grande majorité d’entre eux a déjà fait le nécessaire. Un petit nombre poursuit sa recapitalisation. Ce sera fait avant l’échéance fixée au 26 juillet 2015.

– Quels sont vos moyens pour votre mission de superviseur?

– J’ai commencé mes activités à la présidence du MSU le 2 janvier 2014 avec cinq personnes venant de la BCE. Auparavant, en 2013, le travail de préparation du MSU était mené par la BCE, en collaboration avec les superviseurs nationaux, au sein d’un «High-level Group», dont je faisais moi-même partie. Depuis le début de l’année 2014, nous avons recruté 800 superviseurs et 200 autres professionnels (statisticiens, informaticiens…). Ce sont déjà des moyens conséquents, même s’il y a encore quelques ajustements à faire et on y réfléchit dans le cadre du budget pour 2016.

– Vous avez annoncé l’ouverture d’une enquête contre trois banques qui auraient violé la loi européenne. Sans donner leur nom, pouvez-vous évoquer la nature des infractions?

– Vous faites référence à une information donnée dans le rapport annuel que nous venons de publier. Il s’agit en réalité de onze cas qui ont été portés à notre attention par des lanceurs d’alerte. Nous avons regardé la pertinence des informations et en avons retenu trois qui, selon nous, méritent une enquête. Nous sommes au début des investigations.

– Vous étiez favorable à la séparation de la banque de détail et d’investissement. Allons-nous vers la fin de la banque universelle?

– Non. Je ne pense pas que la taille d’un établissement soit un problème en soi. La séparation des activités de détail et de marché a été voulue par les autorités politiques, qui ont considéré que cela faciliterait la protection de l’activité de banque commerciale ainsi que la résolution des crises bancaires. Mais, en Europe, nous sommes dans une situation particulière où les banques représentent environ 75% du financement des entreprises et les marchés seulement 20 à 25%, alors qu’aux Etats-Unis c’est l’inverse. Il faut donc veiller à ne pas handicaper les banques dans leurs activités de tenue de marché (le «market making»).

– Les banques grecques sont-elles en situation particulièrement délicate?

– Elles ont fait un effort considérable pour se restructurer et pour se recapitaliser. Ces efforts leur ont permis d’obtenir des résultats honorables lors du test de résistance. Toutefois, elles doivent faire face aujourd’hui à une situation difficile à cause des événements politiques récents que connaît la Grèce. Ce n’est pas la première fois qu’elles traversent un épisode de cette nature, et je reste confiante car, grâce aux restructurations et recapitalisations effectuées, elles sont mieux équipées pour y faire face.