Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro Jean-Claude Juncker a affirmé jeudi souhaiter que la Grèce conserve la monnaie unique, mais lancé qu’on ne pouvait pas «faire le bonheur des Grecs malgré eux», dans un entretien à la télévision allemande ZDF.

«Je suis absolument convaincu que tout doit être fait pour qu’aucun des membres de la zone euro ne sorte du groupe de 17, mais si c’était le souhait des Grecs, et je pense que ce serait une erreur, on ne pourrait pas faire le bonheur des Grecs malgré eux», a déclaré Jean-Claude Juncker.

Réunis mercredi soir à Cannes, où doit débuter jeudi le G20, les Européens ont sommé la Grèce de dire, lors de son référendum début décembre, si elle veut rester dans la zone euro.

«On ne va pas jouer aux montagnes russes sur la question grecque de façon permanente. Nous devons savoir où nous allons et les Grecs doivent dire où ils souhaiteraient que les choses aillent», a poursuivi Jean-Claude Juncker.

Interrogé sur l’ambiance autour de la table, lors de la réunion mercredi soir, il a répondu d’un seul mot : «pourrie».

«Je pense qu’il n’était pas très à l’aise», a-t-il également estimé, au sujet de la réaction du Premier ministre grec, Georges Papandréou, face à ses partenaires européens.

«Sans lui faire vraiment de reproches, nous lui avons signifié que son attitude avait été déloyale, dans la mesure où nous aurions aimé qu’il nous dise mercredi dernier lors du sommet qu’il comptait soumettre la question à un référendum», a raconté le responsable luxembourgeois.

L’annonce surprise d’un référendum «a provoqué une vive irritation sur les marchés financiers et dans les milieux gouvernementaux», a-t-il rappelé.

«Indépendemment de la formulation de la question (du référendum), il est clair que la Grèce se prononcera le 4 décembre pour dire si oui ou non elle veut rester dans la zone euro», a encore précisé M. Juncker.

«Nous aimerions que la Grèce reste membre, mais nous ne disons pas qu’elle doit le rester à tout prix», a-t-il souligné.

«Une catastrophe nucléaire»

François Bayrou, président du MoDem, a estimé jeudi sur France 2 que si le référendum grec avait lieu sur l’euro, il permettrait de se rendre compte qu’une sortie de l’euro est «une catastrophe nucléaire».

«Si cette question était posée au peuple grec, ce serait l’épreuve de vérité, tout le monde se rendrait compte de ce que la sortie de l’euro est une catastrophe nucléaire», a déclaré M. Bayrou.

«Tout d’un coup votre dette himalayenne est multipliée par 2 ou 3, le niveau de vie s’écroule», a-t-il prédit, rappelant que «lorsque l’Argentine a rencontré ce drame, le niveau de vie a diminué de plus 50% en 6 mois et plus de la moitié de la population était passée au-dessous du seuil de pauvreté».

«Ce qui est arrivé à l’Argentine arriverait aux pays de la zone euro. Il est éclairant que cette question soit illustrée tout d’un coup devant tous les peuples européens», a poursuivi le probable candidat à la présidentielle.

Pour lui, ce rebondissement dans la crise de la zone euro permet de mettre en lumière «les tas de théories politiques en France qui disent +c’est pas dur, il suffit de sortir de l’euro+: on va voir grandeur nature devant le peuple grec la signification en terme de vie de tous les jours une sortie de l’euro».

Concernant la dette en France, «nous sommes dans une différence de degré (avec la Grèce), pas de nature», a-t-il mis en garde.

«On voit aujourd’hui que le déficit et la dette sont une pente glissante sur laquelle à partir d’un certain moment les pays ne peuvent pas se rattraper, et que les pays peuvent faire faillite comme des famille ou les entreprises et que la faillite d’un pays, c’est les plus pauvres qui la paient», a-t-il déploré.

Opposition au référendum

En Grèce, deux ténors du gouvernement, les ministres des Finances Evangélos Vénizélos et du Développement Michalis Chryssohoïdis se sont déclarés jeudi contre le projet du Premier ministre d’un référendum sur le soutien de la zone euro au pays, pour ne pas compromettre l’ancrage à l’euro.

«L’entrée de la Grèce dans l’euro est une conquête historique du peuple grec qui ne peut pas être mise en question. Ceci ne peut pas dépendre d’un référendum» a déclaré M. Vénizélos dans un communiqué diffusé jeudi matin à son retour de Cannes après la rencontre du Premier ministre grec Georges Papandréou avec les leaders européens et du FMI réunis pour le G20.

«Ce qui presse est la ratification par le Parlement de l’accord (européen) qui sort la Grèce de l’impasse,» a pour sa part affirmé M. Chryssohoïdis dans une déclaration relayée par les médias. «Nous devons tous prendre nos responsabilités, le pays traverse des heures cruciales», a-t-il ajouté, à la veille d’un vote de confiance crucial pour le maintien au pouvoir du gouvernement grec.

M. Papandréou devait clarifier sa position lors d’une intervention dans la soirée au parlement dans le cadre du débat sur le vote de confiance. Mais sans attendre, un troisième ministre, Costas Skandalidis, a réclamé une réunion immédiate du groupe parlementaire socialiste, soulignant lui aussi que «la voie européenne du pays est non-négociable».

Confronté à une crise politique en Grèce et une forte opposition dans la rue aux mesures d’austérité et d’abandon de souveraineté nationale liées à l’aide financière européenne, M. Papandréou a été convoqué à Cannes par les leaders de la zone euro, qui craignaient que la tenue d’un référendum en Grèce ne mette en danger l’ensemble de la zone euro.

A l’issue de la rencontre, Georges Papandréou a confirmé que «l’enjeu» d’un référendum était «clairement» l’appartenance de son pays à la zone euro. Il n’a toutefois pas précisé l’intitulé de la question qui serait posée aux Grecs.

«Nous pouvons avoir un référendum le 4 décembre», a déclaré le Premier ministre grec à Cannes.

«L’enjeu est de savoir si nous voulons rester dans la zone euro. C’est très clair, a-t-il lancé. «Nous avons besoin d’un large consensus», et «je crois que le peuple grec veut que nous soyons un partenaire fort dans l’euro, c’est cela l’enjeu», a encore dit M. Papandréou.

Un vote de confiance au parlement grec, réclamé par M. Papandréou, sur l’accord européen de désendettement est prévu vendredi.

Avant la déclaration de M. Vénizélos, poids-lourd du Pasok, le Premier ministre pouvait mathématiquement espérer le remporter malgré la majorité érodée dont dispose le parti socialiste au parlement (152 sièges sur 300).

«La zone euro peut se passer de la Grèce»

Le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, a estimé mercredi sur RTL que la zone euro pouvait «se passer» de la Grèce, tout comme elle peut «surmonter» la difficulté que représente pour elle ce pays actuellement au bord de la faillite.

Pour Jean Leonetti, «l’euro et l’Europe peuvent survivre» à une sortie de la Grèce, hypothèse soulevée par un référendum, en raison de son poids économique, à savoir «2% du PIB de la zone euro et 4% de la dette de la zone euro».

«Il ne faut pas se faire d’illusion, si la Grèce ne veut pas le plan, elle n’aura pas l’argent», a expliqué le ministre, reprenant le message délivré mercredi soir par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel au Premier ministre grec Georges Papandréou.

«Vous ne pouvez pas avoir la solidarité de 17 pays sans avoir la contrainte, la discipline budgétaire. Et dans ce cas, le pays va à la faillite, et il sortira obligatoirement de la zone euro; mais ça sera une décision du peuple grec, on n’a pas à décider à sa place», a souligné M. Leonetti.

Selon lui, «la Grèce est à la fois quelque chose que l’on pouvait surmonter et en même temps quelque chose dont on peut se passer».

«On peut les aider, les sauver mais on ne peut pas les sauver malgré eux. Ce n’est pas parce que la potion est amère qu’il ne faut pas la prendre, parce que le malade est très gravement malade», a insisté le ministre.

«L’euro et l’Europe peuvent survivre à ça», a-t-il martelé, «mais pour moi qui suis ministre des Affaires européennes, ce serait un coup au moral. Mais sur le plan économique, c’est possible».

Quant à l’impact possible d’un tel scénario, Jean Leonetti prédit «l’explosion» des banques grecques mais des conséquences gérables pour les banques françaises, dont «l’exposition à la dette grecque est entre 8 et 10 milliards d’euros, c’est-à-dire le chiffre de recapitalisation des banques françaises pendant le premier semestre».

Le régulateur européen (EBA) a évalué à 8,8 milliards d’euros les besoins de fonds propres supplémentaires des banques françaises, montant qu’elles devront mettre en réserve d’ici fin juin 2012.