Gérer dix fois plus d'argent qu'il y a cinq ans: la formidable croissance du groupe de private banking EFG International constitue un défi pour le département informatique. Ce développement est pour moitié le fruit de l'ouverture de nouveaux bureaux et pour moitié celui d'acquisitions, rappelle le chief operating officer (COO), Erik Stroet. Naturellement, d'un point de vue technique, l'intégration des acquisitions est plus complexe que l'ouverture de nouveaux bureaux. «C'est pourquoi les responsables informatiques sont associés très tôt au processus d'évaluation d'une acquisition.» Quand le contrat est signé, le plan général d'intégration de l'infrastructure informatique a déjà été élaboré.

Ce qui ne signifie pas que les informaticiens d'EFG veulent à tout prix agir au pas de charge. «Dans le cas de la Banque Monégasque de Gestion, acquise en 2006, nous avons préféré attendre près d'un an avant de la connecter au système bancaire central du groupe. Cette maison proposait des produits, comme des chèques et des cartes de crédit, qui n'étaient pas pris en compte par notre système central au moment du rachat. Nous avons donc choisi de l'adapter avant.»

Ce système bancaire central, qui gère les avoirs des clients, n'est qu'une partie de l'informatique d'EFG. Celle-ci comprend aussi le réseau informatique et des outils de communication interne. Intégrer le réseau informatique d'une société rachetée fait partie des premières mesures prises après la finalisation de la transaction, ce qui implique de vérifier que sa sécurité est garantie. La connexion des nouveaux collaborateurs aux outils de communication interne survient aussi rapidement.

Des exceptions sont parfois nécessaires. Si l'activité d'une société rachetée n'entre pas dans la ligne de private banking traditionnel, elle conserve ses propres systèmes informatiques. C'est ce qui se passe avec Marble Bar Asset Management, à Londres, et Bull Wealth Management, au Canada, toutes deux acquises l'an dernier. «Marble Bar est active dans la gestion alternative, une activité où la technologie joue un rôle essentiel. Les systèmes informatiques bâtis au fil des ans font partie intégrante de son activité», explique Erik Stroet. Quant à Bull Wealth Management, il s'agit d'une société de conseil en placement et de services de family office qui se concentre sur le conseil et le reporting mais ne s'occupe pas de l'exécution des transactions, qui est réalisée à l'extérieur.

Autre situation particulière à l'intérieur du groupe, EFG Financial Products, une unité créée l'an dernier et spécialisée dans l'émission de produits structurés. Là aussi, il s'agit d'une activité impliquant largement la technologie. L'unité a créé sa propre infrastructure informatique. Naturellement, elle utilise aussi les solutions du groupe là où c'est possible, notamment l'infrastructure de télécommunication (Swift, Secom), les réconciliations et l'archivage.

Accompagner la croissance du groupe demande aux informaticiens de la rigueur, mais aussi du pragmatisme. «On ne peut pas tout planifier d'avance, au risque de développer des solutions qui ne correspondent pas aux besoins», rappelle Erik Stroet. «Etre pareil à nul autre et toujours en mouvement nous pose également des défis au niveau opérationnel. Nos gestionnaires sélectionnent les produits qui correspondent le mieux aux besoins de leurs clients et n'ont pas de limite géographique. En cas de besoin, nous réunissons un développeur et un utilisateur pour créer un module.»

Jusqu'ici, les d'informaticiens du groupe ont eu la main heureuse, estime le responsable des opérations. «Nous ne prétendons pas ne pas faire d'erreurs. Ce serait impossible. Mais nous nous efforçons d'en faire le moins possible et de limiter leurs conséquences.» Une quasi-absence de démissions au sein de l'équipe montre que ses membres «disposent d'un avantage que beaucoup recherchent dans leur emploi: une activité très variée et un challenge permanent dans un environnement peu bureaucratique».

EFG ne fait pratiquement pas appel à la sous-traitance informatique. «C'est une des raisons de notre succès: grâce au savoir-faire accumulé en interne, nous pouvons garder le contrôle de ce que nous faisons.» Le fait que la création de la banque soit relativement récente - elle remonte à 1995 - est aussi un avantage. «Les systèmes ont pu être librement choisis dès le début.» Le système bancaire est constitué par Globus, de l'éditeur genevois Temenos, complété par d'autres programmes pour des fonctions comme la messagerie bancaire, la gestion des relations avec les clients, le suivi des réglementations, la consolidation des comptes ou les transactions sur les marchés financiers.

L'informatique représente moins de 10% des charges du groupe. L'équipe est composée de 85 personnes en Suisse et de quelque 70 personnes à l'étranger. En réponse à la croissance en Asie, un centre de compétences, réparti entre Hongkong et Singapour, a été créé pour mieux répondre aux besoins des banquiers locaux. «La manière de travailler et les produits ne sont pas les mêmes qu'ici.»

Le private banking n'est pas directement une activité axée sur la technologie. Mais, comme dans d'autres métiers, celle-ci prend de plus en plus de poids. Dans des segments comme la gestion alternative ou les produits financiers, elle est même incontournable. Les besoins ne sont pas partout les mêmes. Ils évoluent très rapidement dans le conseil à la clientèle, moins vite dans l'administration et plus lentement dans la comptabilité.