Le Temps: Quel mois d’août! Echéance au début du mois pour élever le niveau de la dette au Etats-Unis au risque de faire faillite, perte de la notation AAA de la dette américaine et la dégringolade des bourses. En Europe, la crainte de faillite de l’Italie et de l’Espagne, la décision de la BCE d’acheter leurs dettes…

Jan Amrit Poser: Un mois terrible. Mais je dois dire que le cataclysme n’est pas arrivé par hasard et que tous les événements sont liés. Dans une ambiance plombée par le surendettement de nombreux Etats, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres était la publication du chiffre de la croissance américaine pour le deuxième trimestre. Elle était quasi nulle à 0,4%, insuffisant pour créer des emplois. Puis, le 1er août, l’Indicateur du climat d’affaires ISM montrait que l’économie américaine était à la limite d’une nouvelle récession. Républicains et démocrates ont mené un débat hypocrite dans la mesure où l’on sait qu’une politique expansionniste est nécessaire pour lutter contre la récession. Que ce soit les Etats-Unis, l’Italie ou tout autre pays, ils ne sortiront pas de la crise de la dette sans croissance. De surcroît, s’ils doivent payer un taux d’intérêt de 6 à 7%, comme ça a été le cas pour l’Italie, ils n’arriveront pas, même avec de la croissance.

– Le consensus a été voté par le Congrès. Peut-il régler la crise de la dette?

– Je suis optimiste. L’inflation, le déficit et les taux d’intérêt peuvent concourir ensemble de sorte que la dette augmente de 1,6% par an, soit de 240 milliards de dollars, ou 2400 milliards sur dix ans. C’est le consensus voté par le Congrès. On peut imaginer que la dette américaine commence à baisser dès 2016. Le problème n’est pas la dette elle-même, mais le taux d’intérêt pour se refinancer, sans oublier la croissance.

Lorsque la Réserve fédérale et la BCE achètent les obligations d’Etat, l’objectif est de faire baisser le taux d’intérêt. Aux Etats-Unis, la crise a commencé avec la bulle immobilière créée par l’endettement des ménages. Lorsque ceux-ci ont fait faillite, les ardoises ont été reprises par les banques qui les ont ensuite transférées à l’Etat. C’est une dette qui n’augmente pas l’efficacité de l’Etat. Si le gouvernement s’était endetté de la même somme pour construire un chemin de fer, la situation serait différente.

– Vous parlez de croissance indispensable, mais est-il possible de croître alors que tous les pays doivent se serrer la ceinture?

– Les Etats ne peuvent pas adopter l’austérité tous en même temps. Nous sommes coincés. D’une part, les agences de notation demandent l’austérité et, d’autre part, l’austérité est antinomique avec la croissance, du moins à court terme. Pour sortir de ce cercle vicieux, il est temps de se passer des agences de notation et d’augmenter la dette. Nous avons vu qu’aux Etats-Unis les investisseurs ont infligé un camouflet à Standard & Poor’s en se ruant sur la dette américaine, malgré ses avertissements. Le Japon non plus n’éprouve pas de problème d’emprunter à un taux d’intérêt bas malgré des notes qui ne sont pas les meilleures.

– Vous préconisez des plans de relance, comme en 2008-2009?

– Dans notre scénario de base, nous anticipons un troisième assouplissement monétaire [ndlr: Quantitative Easing 3]. Il est inévitable. La question est: quand? Le plus tôt le mieux pour éviter la spirale. Il est probable que le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke l’annonce le 25 août.

– Venons-en à l’Europe. La crise de la dette a éclaté fin 2009 en Grèce. Depuis, c’est la contagion à d’autres pays. Les mesures adéquates ont-elles été prises et à temps?

– Tant que c’était la Grèce, l’Irlande et le Portugal, la zone euro a mis en place des mesures de sauvetage qui n’ont pas fonctionné. Mais la crise italienne arrive comme un «game changer». Cette grande vache ne peut pas se tenir sur la glace; il faut la sortir de là.

– Tout ce que vous dites nous mène directement à la récession, après celle de 2008-2009…

– Je ne dis pas qu’il n’y aura pas de croissance; il y en aura à long terme. Lorsqu’il y aura un rebond, la confiance va revenir. L’indice des directeurs d’achat montre une stagnation, y compris dans les pays émergents. Il n’empêche que des signaux positifs sont là, et c’est en cela que la situation est différente de 2008-2009. Les entreprises augmentent leur niveau de bénéfices; plusieurs d’entre elles battent des records. Le taux d’intérêt à long terme est au-dessous du court terme, ce qui n’était pas le cas il y a trois ans. Enfin, les banques accordent plus de crédit. Avec un QE3 inéluctable, on ne doit pas avoir peur d’une récession même si le risque est élevé.