Acteurs essentiels de la Nouvelle Economie, ils sont rares. Trop rares aux dires de certains, qui parlent même de pénurie: les spécialistes en accompagnement d'entreprise ont pour tâche de soutenir les créateurs de start-up dans leurs premiers pas. Trop souvent, ces derniers bénéficient d'une excellente formation technique, qui leur permet d'innover, de lancer de nouveaux produits, mais ne possèdent aucune expérience en matière de gestion d'entreprise, aucune connaissance en marketing, pas de réseau et pas de vision stratégique. «L'accompagnateur est là pour poser les vraies questions. Il donne un éclairage différent au créateur afin que celui-ci acquière les bons réflexes», explique Anne Southam-Lingjaerde, directrice de Genilem, société genevoise spécialisée dans l'assistance aux jeunes pousses. Il est là, surtout, pour fournir un appui dans les moments de crises, lorsque la société entame une traversée du désert, où lorsqu'au contraire elle marche si bien qu'elle devient le théâtre de luttes de pouvoir. Voilà qui n'est pas de tout repos. «Il s'agit d'un travail en profondeur. Il faut bien comprendre les forces et les faiblesses de l'entreprise et passer beaucoup de temps avec elle», lance Olivier Tavel, cofondateur et associé de Venture Partners, société spécialisée dans le capital-risque.

Quel est le profil idéal de l'accompagnateur, ou du mentor comme disent les Anglo-Saxons? Les observateurs sont unanimes: il doit avoir déjà monté et dirigé une entreprise. Bref, c'est un homme de terrain. «Un jeune diplômé en management peut certes représenter une bonne candidature. Mais sa formation académique ne suffit pas», assure Christian Puhr, directeur de Renaissance PME, fondation lausannoise de capital-risque. Selon lui, le dirigeant d'entreprise à la retraite, qui veut continuer à promouvoir l'économie, constitue un candidat de rêve. «C'est comme dans le sport: l'entraîneur qui n'a jamais fait de compétition est nul. Il ne peut pas comprendre les enjeux de sa fonction», renchérit Anne Southam-Lingjaerde. L'écoute et la neutralité sont les deux qualités le plus souvent évoquées. «Il est clair que si un jeune manager a des problèmes de trésorerie, il se confie moins volontiers à son coach lorsque celui-ci est engagé financièrement dans l'entreprise.»

Mais voilà. Il est difficile de dénicher la perle rare. Gênant, car à long terme, cette pénurie de mentors pourrait freiner le développement économique de notre région. «Il y a en Suisse romande un vrai tissu technologique. Malheureusement, il manque de réseaux organisés, structurés, nécessaires à son essor. Dans ce contexte, sans coach, le risque d'échec d'une jeune pousse est plus élevé» avertit Jacques Bonvin, associé de l'étude d'avocats Tavernier Tschanz et spécialiste de la Nouvelle Economie. Cette rareté découle de plusieurs facteurs. C'est un métier qui n'existe que depuis cinq ans. Et si le nombre des coachs n'a pas diminué récemment, en revanche, la demande a explosé. D'autre part, il y a le problème de la rémunération. Les nouvelles sociétés n'ont pas les moyens de payer un professionnel expérimenté à hauteur de ce qu'il pourrait gagner en créant sa propre société, en travaillant pour une grande entreprise ou en s'occupant de fusions et d'acquisitions. Sans oublier le risque qu'il prend en quittant une situation confortable pour se lancer dans une aventure aléatoire sans aucune garantie de succès. Frithjof Frederiksen, dirigeant à la retraite de la société de télécommunications Orange Suisse, est aujourd'hui consultant indépendant et suit de près plusieurs start-up. Il l'a observé: «En coachant des entreprises on prend un risque financier et surtout, on met sa réputation en jeu. Certains dirigeants chevronnés préfèrent ne pas s'exposer à ce danger.»

Tout ceci entraîne un cercle vicieux. D'une part, beaucoup de professionnels expérimentés ne rejoignent même pas le marché du conseil d'entreprise. D'autre part, nombreux sont les accompagnateurs qui quittent la profession pour aller gagner leur vie sur des marchés plus lucratifs. Ils emportent leurs précieuses connaissances et cassent ainsi un maillon dans la chaîne de transmission du savoir. Au final, les créateurs d'entreprise paient le prix fort de la formation des juniors, qui font leurs premières armes à leurs dépens. Fortes de ce constat, la directrice de Genilem et son équipe ont créé une formation de coach, en 13 modules, qui sera ouverte au public dès le printemps prochain. Objectif: «Nous voulons transférer notre domaine de compétence à des tiers. C'est une manière de récupérer une expérience, sinon perdue pour tous.»