Technologie

«On retrouve des images de drone dans un téléjournal sur trois»

Dimitri Batsis, président de la société française Drone Volt, équipe les grandes télévisions françaises. Ses quadricoptères filment le Tour de France depuis la dernière édition

Pour Dimitri Batsis, président de la société Drone Volt, les drones sont comme l’internet en 1997: un marché au potentiel encore largement inexploité. L’entrepreneur – qui se considère comme un «geek» de la première heure – était mardi de passage à Genève pour y rechercher des investisseurs pour sa société, cotée sur le Marché Libre d’Euronext Paris et générant un chiffre d’affaires de 3,6 millions d’euros en 2015. En hausse de 114% par rapport à l’année précédente.

Vous comparez les drones et le secteur des technologies de l’information (IT) en 1997. En suivant ce parallèle, faut-il craindre une forte correction du marché dans les années à venir?

Non. Je pense, au contraire, qu’il n’y a pas assez d’acteurs dans le secteur. Contrairement au secteur IT – où beaucoup de jeunes créent des start-up et développent des applications –, il est beaucoup plus difficile d’entrer sur le marché du drone. Un appareil facile à manier mais très complexe sur le plan technologique, un peu comme les produits d’Apple.

Quels secteurs vont le plus bénéficier des drones professionnels dans le futur?

L’agriculture et le bâtiment. L’agriculture utilise déjà les drones pour évaluer le stress thermique sur les récoltes ou effectuer des estimations aériennes des dégâts dans les plantations. Mais des applications à forte valeur ajoutée restent encore à élaborer. Dans un futur proche, les drones devraient aussi permettre d’analyser les conditions d’un accident de la route ou de faciliter la recherche et le sauvetage de personnes catastrophées.

Vidéo: les drones permettent déjà de traiter ou d’arroser les cultures grâce à des systèmes de sprays fabriqués sur mesure.

Quelle est la part de l’audiovisuel dans ce marché?

Il s’agit du secteur le plus mûr. Chez Drone Volt, l’audiovisuel représente 60% du chiffre d’affaires. En France, nous détenons 70 à 80% du marché avec nos clients France Télévisions, TF1 ou Le Figaro. En extrapolant, on obtiendrait au niveau global un ratio similaire en faveur de l’audiovisuel.

Quels usages en font les médias?

On a encore vu beaucoup d’images de drones lors des inondations en France. A l’heure actuelle, on retrouve ces images aériennes dans un téléjournal sur trois. Avec parfois des situations surprenantes. J’ai vu une journaliste de BFMTV qui à elle seule maniait drone, caméra et micro. Le prochain Tour de France – comme celui de l’année passée – sera filmé avec nos appareils. L’arrivée à Paris, la dernière étape, combinera des images de caméras au sol, de drones et d’hélicoptères.

Ici à Genève, vous présentez un quadricoptère équipé de 10 caméras, destiné à réaliser des séquences vidéo à 360 degrés pour des casques de réalité virtuelle. Quel est leur potentiel?

Le Club Med propose par exemple déjà de visiter certains de ses villages à travers des casques. Pour nous, c’est une très bonne nouvelle. Notre dernier prototype de drone permet de réaliser des séquences à 360 degrés. Il s’agit d’un contenu qui ne peut être qu’exclusif.

Le fabricant chinois DJI, qui s’était jusqu’à présent spécialisé dans les drones de loisirs, vise désormais certains professionnels. Etes-vous inquiet?

Pas du tout. Le fait que DJI se lance dans la production en série de drones professionnels serait pour nous une bonne nouvelle. Nous adapterons, personnaliserons et revendrons ces drones à nos clients comme nous l’avons toujours fait. DJI fait partie de notre chiffre d’affaires.

Lire aussi : DJI, le géant du drone veut faire plus que des jouets

Votre entreprise a-t-elle un autre destin que de se faire racheter par DJI?

Je ne sais pas (rires).

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