La libéralisation de la devise chinoise a longtemps avancé à un rythme géologique. Tout s’accélère. L’obtention par la Banque d’Angleterre d’un accord sur des «swaps» de devises avec son homologue chinoise est en passe de faire de la City la plaque tournante des transactions en yuans en lien avec l’Europe. «Le début d’une immense aventure», commentait il y a peu un banquier londonien. Le point avec la responsable chinoise des équipes dédiées aux activés en renminbi à Londres, au sein de HSBC, première banque étrangère sur ce marché.

Le Temps: Une nouvelle équipe gouvernementale prend la tête de la deuxième économie du monde. La voyez-vous infléchir la libéralisation de la monnaie chinoise? Que s’est-il dit de la récente Assemblée nationale populaire?

Rongrong Huo: Les nouveaux dirigeants du pays sont totalement dévoués à cette libéralisation. Certes, les détails du nouveau plan quinquennal ne sont pas encore connus. Il n’empêche. Au cours des dix-huit derniers mois, les choses ont vraiment décollé. Le rythme va continuer d’accélérer. Désormais il ne se passe plus un mois sans qu’une annonce d’importance soit faite au sujet de l’internationalisation de la devise chinoise. Selon nos économistes, 2013 sera vue à l’avenir comme l’année du renminbi.

– Le premier pan à s’entrouvrir, il y a quatre ans, concernait le règlement des échanges. Ou en est-on?

– Le renminbi est la troisième devise du commerce international. Si 12% du commerce de la Chine est libellé dans la monnaie nationale, cette proportion devrait atteindre 30% en 2015.

– Deuxième, étape, ouvrir les marchés financiers chinois. Vu d’Europe, les choses paraissent encore étroitement corsetées…

– Pourtant, l’an dernier, les groupes chinois ont emprunté 275 milliards de renminbis [42 milliards de francs] notamment auprès d’institutions étrangères souscrivant à des obligations dites «Dim Sum»; emprunts qui pourraient connaître une croissance atteignant jusqu’à un tiers cette année. Les autorisations de traiter sur les marchés chinois – dit QFII – ont, elles, été élargies il y a peu. Et leurs critères assouplis. Le total des quotas accordés a été augmenté et ce sont désormais 80 milliards de dollars de fonds étrangers qui sont placés sur les titres libellés en renminbis, contre 30 milliards il y a deux ans. En outre les institutions autorisées peuvent en outre intervenir non seulement sur les marchés financiers mais également sur le «marché obligataire interbancaire». Une société d’investissements orchestrant le placement de 500 millions de dollars durant l’année écoulée peut prétendre à un permis QFII. Le seuil était jusque-là fixé à 5 milliards.

– Reste que le yuan est encore loin de jouer un rôle de monnaie de réserve internationale…

– C’est la troisième étape. On assiste peu à peu à une diversification de leurs avoirs par les banques centrales. Regardez les annonces de la Banque du Japon ou de la Banque de Corée. D’autres leur emboîtent le pas: Nouvelle-Zélande, Brésil ou Thaïlande commencent à «stocker» les renminbis. Et de plus en plus de pays veulent signer des accords de «swaps» avec la Banque populaire de Chine.

– Et la libéralisation complète?

– Nos économistes estiment qu’en 2015 des volumes de transactions «onshore» dépassant 1000 milliards de dollars en feront la troisième devise la plus traitée dans le monde. Ceci devrait ouvrir la voie à la convertibilité totale en 2017. En parallèle, la Chine veut faire de Shanghai un centre financier majeur à l’horizon 2020.