Manque de temps, de moyens et de volonté: c'est ainsi que l'on peut résumer les obstacles auxquels se heurte la formation continue professionnelle. Pour faire évoluer la situation, le syndicat Travail Suisse souhaite que l'on inscrive dans la loi trois jours de formation continue obligatoire par année pour chaque collaborateur.

Dans les entreprises, «on sait parfaitement qui prend des vacances et à quel moment, mais on ne parle jamais de la formation. Si cette dernière devient obligatoire, elle fera l'objet de discussions et cela permettra de développer une culture tournée vers la formation dans les entreprises», lance Bruno Weber-Gobet, responsable pour la formation professionnelle à Travail Suisse.

Pour les salariés qui ne se perfectionnent pas, le premier obstacle provient de carences du côté de l'offre. On trouve certes des catalogues de formations continues dans tous les domaines imaginables, mais les cursus ne s'adressent pas forcément à tous les publics. Bruno Weber-Gobet, qui est également responsable d'un institut de formation, cite l'exemple de la gestion d'équipe: «Pour les managers qui ont fait une haute école, on trouve de nombreux cours sur ce thème. En revanche, il en existe très peu qui sont destinés à des cadres de base ayant un faible niveau de formation.»

Mais le plus gros obstacle, estime Bruno Weber-Gobet, est celui d'un certain manque de volonté, et cela parfois des deux côtés: celui de l'employeur comme celui de l'employé: «Lorsqu'un responsable dit à un employé qu'il a plus besoin de lui dans l'entreprise que de le voir suivre une formation, cela va casser sa motivation.»

De là découlent les deux autres problèmes classiques que sont les manques de temps et d'argent. Globalement, «les entreprises accordent très peu de congés de formation et les trois quarts des cours demandés ont lieu le soir ou le samedi», estime Pierre Tournier, chef de projet à l'Office pour l'orientation et la formation professionnelle et continue (OFPC), à Genève.

Autre tendance marquée: plus une personne a un faible niveau de qualification, plus l'entreprise sera en général réticente à lui laisser du temps pour suivre une formation. Il en est de même pour les personnes travaillant à temps partiel ou dans une petite entreprise, ainsi que les femmes. Le climat est aussi plus favorable dans certaines branches que dans d'autres. «L'hôtellerie est assez orientée vers la formation avec notamment des CFC qui se font par la validation des acquis. La santé a aussi une longue tradition en la matière, ainsi que l'horlogerie», note Bernadette Morand-Aymon, directrice romande de la Fédération suisse pour la formation continue.

Certaines conventions collectives, notamment dans l'horlogerie et la métallurgie, prévoient d'ailleurs que les employés ont droit à un certain nombre de journées par année pour se former, généralement entre trois et cinq jours. Reste la question du financement: «Le fait de savoir si l'employé est payé durant ces journées dépend du bon vouloir de l'entreprise», constate Pierre Tournier, qui s'est longtemps occupé de formation continue dans le privé. «L'employé doit souvent mettre une partie de sa poche», constate de son côté Bernadette Morand-Aymon.

Pour atténuer ou supprimer ce frein financier, le canton de Genève a mis en place des chèques de formation dès 2001. Concrètement, ce système permet de recevoir jusqu'à 750 francs par année pour un cours utile sur le plan professionnel. Parmi les critères à remplir pour en bénéficier figure une limite de revenu brut annuel. Elle se monte par exemple à 88 000 francs maximum pour une personne seule et à 118 000 francs pour un couple avec deux enfants. Le bilan que l'OFPC en tire après quelques années est contrasté. Parmi les bénéficiaires du chèque, on trouve environ deux tiers de femmes pour un tiers d'hommes. «C'est une proportion stable depuis le départ», note Pierre Tournier. On compte aussi une majorité de personnes à temps partiel (53% contre 40% de salariés à plein temps). En revanche, les personnes sans formation restent peu nombreuses à utiliser ces chèques, qui leur étaient pourtant particulièrement destinés. Enfin, on note une quasi-absence des indépendants. Alors qu'ils représentent environ 15% de la population active, ils ne sont que 0,25% parmi les bénéficiaires du chèque de formation.

Quels sont les cours les plus demandés? «Beaucoup les langues, anglais, espagnol, allemand, ainsi que des choses très pointues et très techniques. Ou encore ce qui a trait au développement personnel, comme la gestion des conflits», répond Bernadette Morand-Aymon.

Le constat est le même du côté des chèques de formation, où 60% des demandes concernent les cours de langue. Viennent ensuite, mais loin derrière, la gestion et l'administration, ainsi que la bureautique (cours sur l'utilisation de Word ou d'Excel). De nombreux cours d'informatique en revanche sortent du cadre de ce chèque, comme le note Pierre Tournier. «Ils sont en général très chers et les gens qui les suivent gagnent en général trop pour prétendre à un chèque.»

Un constat que rejoint Bruno Weber-Gobet. Pour lui, introduire trois jours de formation obligatoire ne changera rien pour un ingénieur ou un manager ayant fait HEC. En revanche une telle mesure profitera aux personnes faiblement qualifiées. Mais pour l'heure, cette loi reste à l'état de projet. Après avoir reçu un premier rapport sur le sujet, le Conseil fédéral a commandé un second rapport, attendu pour la fin de cette année.