Post-référendum

«On va vers la consolidation du secteur bancaire italien»

La démission de Matteo Renzi suite à la victoire du non dans le référendum sur les réformes constitutionnelles a plongé l’Italie dans l’incertitude. Adolfo Laurenti, chef économiste à la banque J. Safra Sarasin, décortique les enjeux, notamment sur le plan économique et financier

Le Temps: Etes-vous surpris par le résultat du référendum?

Adolfo Laurenti: Les sondages avaient prédit une victoire pour le camp du non. Nous constatons toutefois que l’écart entre le vote en faveur des réformes et le camp du refus est très important, soit de six millions de votes. Cet écart est surprenant, il influera sans doute sur la suite des événements.

– Comment?

– Les conséquences de ce vote qui provoque la démission de Matteo Renzi seront politiques et financières. Le gouvernement de transition aura la tâche principale et immédiate de finaliser le budget 2017 dans le respect des règles européennes. Le parlement italien actuel est acquis à ce principe. Mais s'il ne parvient pas à faire un compromis, il y aura une disruption importante dans la vie politique italienne. Le pays sera, à court terme, incapable de gérer les défis économiques et financiers. Il doit à tout prix éviter le vide du pouvoir.

Lire aussi:  Matteo Renzi aura trébuché sur sa réforme

– Etes-vous inquiet?

– Les conséquences d’une longue période d’incertitude et d’instabilité politique seront nuisibles à l’économie. Elles sont imprévisibles sur le long terme. Le vrai risque vient d’une éventuelle arrivée du Mouvement 5 étoiles au pouvoir. Cette formation politique est hostile à l’euro et à l’Union européenne.

– Qu’en est-il des banques italiennes en difficulté?

– Il y a là un risque majeur si l’incertitude perdure et si l’Etat italien n’est pas en mesure de prendre des initiatives. Plusieurs banques italiennes ont un besoin urgent de nouveaux capitaux. Les investisseurs étrangers seraient peu intéressés à se déployer dans un climat incertain.

– L’Union bancaire peut-elle venir en aide aux banques italiennes?

– A ce stade, les Italiens ne voudront pas de cette aide. La mise en œuvre des solutions européennes implique une perte importante pour les petits investisseurs et les ménages ayant ouvert des comptes dans les banques malades. Le coût d’un «bail-in» sera politiquement insupportable pour tout gouvernement. A ce stade, il sera difficile de convaincre les investisseurs étrangers. Dès lors, on va probablement vers la consolidation dans le secteur.

– Comment expliquez-vous que les bourses européennes n’ont pas montré de grande panique lundi?

Les bourses ont intégré l’échec du gouvernement italien depuis plusieurs semaines. Les sondages avaient vu juste, même si l’ampleur du non impressionne. Les marchés se donnent deux à trois semaines pour voir toute nouvelle orientation.

– Comment voyez-vous l’évolution de l’euro?

– Un affaiblissement était prévisible. Cela dit, il ne faut pas s’attendre à une panique. L’Italie est bien ancrée dans la zone euro. En Italie, la chute de gouvernement est un fait habituel; elle ne remet pas en cause l’attachement du pays à l’euro. La question se posera sur un tout autre registre si le Mouvement 5 étoiles s’approchait du pouvoir.

Lire aussi:  Le «non» italien, un nouveau sale coup pour l'euro

– A quoi devons-nous être attentifs à partir de maintenant?

– A l’évolution de la situation des banques, aux résultats de prochaines élections, mais surtout au nouveau système électoral qui sera adopté d’ici là. Il faut voir s’il sera propice à l’avènement au pouvoir d’une formation populiste et europhobe comme le Mouvement 5 étoiles. C’est paradoxal que celui-ci ait combattu les réformes constitutionnelles soumises au référendum dimanche alors qu’elles auraient pu le porter au gouvernement.

Publicité