Une coalition hétéroclite d’organisations non gouvernementales suisses ne veut pas d’un accord de libre-échange Suisse-Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). En tout cas, pas celui qui est actuellement en négociation et qui pourrait aboutir d’ici à la fin de l’année.

Pour qu’il soit acceptable, ont souligné les membres de cette coalition composée des paysans, consommateurs, écologistes, défenseurs des animaux ainsi que des œuvres d’entraide lors d’un point de presse lundi à Berne, la Confédération doit au préalable effectuer une étude d’impact dans au moins une dizaine de domaines. Notamment sur les droits humains, la production industrielle de la viande, la sécurité alimentaire en Suisse, l’emploi, l’égalité homme-femme et même sur la perte de recettes douanières sur les budgets publics des pays de Mercosur.

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Pour la Confédération, un accord de libre-échange avec le Mercosur est prioritaire. Il y va de la compétitivité de l’industrie suisse, plus particulièrement face aux exportations européennes. En effet, Bruxelles est à bout touchant pour conclure un accord avec les quatre pays sud-américains. Dès sa signature, les exportations européennes y entreront sans droits de douane. Dans une région où ceux-ci peuvent parfois atteindre 35%, la Suisse n’entend pas se laisser désavantager vis-à-vis de l’UE. Ce qui par ailleurs explique le plein soutien et l’empressement d’economiesuisse, l’organisation faîtière qui regroupe notamment les exportateurs industriels, à un accord Suisse-Mercosur.

«Concurrence déloyale»

En Suisse, comme en Europe d’ailleurs, les paysans craignent d’être sacrifiés sur l’autel des exportations industrielles. Ils sont donc les premiers à monter aux barricades. Ils mettent en avant le fait que les quatre pays du Mercosur sont de grands producteurs de viande bovine et un accord de libre-échange serait synonyme d’un plus grand accès à notre marché. Les producteurs indigènes de viande disent de ne pas pouvoir faire face à cette «concurrence déloyale» d’autant plus que les coûts de production sont très bas et les conditions de production sociales et environnementales moins exigeantes.

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«Nous avons eu des consultations avec l’Office fédéral de l’agriculture qui nous a assuré que la Suisse continuera à produire 80% de sa viande, admet Beat Röösli, responsable des relations internationales de l’Union suisse des paysans. Mais nous craignons que cela puisse changer après quelques années.» Par ailleurs, le syndicat paysan affirme vouloir défendre ses standards en matière de production de viande. A ce même propos, Hansuli Huber, directeur de la Protection suisse des animaux, a longuement expliqué que la législation suisse veille beaucoup plus scrupuleusement au bien-être des bêtes qu’en Amérique du Sud. «La Suisse importe déjà des denrées alimentaires du Mercosur, notamment de la volaille, dont 37% vient du Brésil, et 15% de notre consommation de viande bovine», a souligné Laurianne Altwegg, de la Fédération romande des consommateurs.

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La coalition suisse s’est fait un allié tactique de taille en embarquant la société civile sud-américaine dans sa campagne. Natalia Carrau, membre de l’organisation Amigos de la Tierra en Uruguay, a expliqué que l’accord de libre-échange Suisse-Mercosur profitera surtout aux multinationales de la viande qui «accaparent les terres, pratiquent la monoculture, détruisent la nature, maltraitent les travailleurs et ne respectent pas les droits humains». Elle a tout de même critiqué le protectionnisme agricole en Europe et en Suisse, ajoutant que le Mercosur devait pouvoir aussi protéger son tissu industriel naissant en maintenant les droits de douane.