Un vent de renouveau souffle en ce début d'année sur le monde des affaires. Deux opérations d'envergure viennent d'être annoncées coup sur coup. JP Morgan Chase propose à la mi-janvier pas moins de 58 milliards de dollars (73 milliards de francs) pour racheter Bank One. Ce début de semaine, c'est Sanofi-Synthélabo qui crée la surprise en lançant une offre hostile évaluée à 48 milliards d'euros (60 milliards de francs) sur Aventis. Une tendance renforcée par les propositions faites la semaine dernière par Carlsberg au brasseur allemand Holsten et par le lunetier italien Luxottica à la chaîne de magasins d'optique Cole National. Pour peu, on se croirait revenu trois à quatre ans en arrière. A une différence près: si atteindre une taille critique reste l'objectif des prédateurs, ces acquisitions s'opèrent entre acteurs du même secteur. Fini le concept de la convergence qui marqua les années 90, comme dans le cas de Vivendi Universal.

Et les rumeurs n'ont pas fini de rassasier les marchés. Novartis augmente toujours plus sa participation dans le capital de Roche. Sergio Marchionne confirme, dans un entretien accordé au mensuel Bilanz, les ambitions de son groupe. Le patron de la Société Générale de Surveillance (SGS) compte bien procéder à des acquisitions sur des «marchés matures, en Europe et aux Etats-Unis». Unilever, PepsiCo et Kraft Foods s'intéresseraient fortement à Danone, dont la capitalisation reste modeste. ABN-Amro lorgnerait sur la banque italienne Capitalia.

Le frémissement ressenti depuis l'été passé sur le marché des fusions-acquisitions se traduit aujourd'hui dans les faits et les chiffres. Le rachat de Pechiney par Alcan, puis la fusion d'Air France avec KLM ont ouvert le bal. Si le volume des opérations bouclées dans le monde a baissé en 2003, à 1148 milliards de dollars (–16%), les affaires reprennent, selon Thomson Financial. Après trois années de vaches maigres, le volume des opérations annoncées dans le monde progresse de 10,5% en 2003, à 1300 milliards de dollars.

Cette attitude offensive des patrons est en partie liée à la reprise. «Toutes les études s'accordent pour dire que deux tiers des fusions ne marchent pas, qu'elles détruisent de la valeur, rappelle José Carlos Jarillo, professeur à HEC (Hautes études commerciales) à Genève. Partant de ce constat, il faut un contexte euphorique pour lancer une offre. Cela doit être le bon moment du point de vue stratégique.» La bonne tenue des marchés, ces derniers mois, puis le retour de la croissance nourrissent cette confiance.

Olivier Meier, maître de conférences à Paris XII, relève à son tour l'amélioration des perspectives économiques, mais aussi les premiers résultats de la politique de désendettement menée par les groupes, les taux d'intérêt bas (qui favorisent des opérations à effet de levier) et le redressement boursier (qui permet d'envisager des échanges d'actions sur des bases acceptables).

Toutefois, des éléments structurels (la mondialisation, par exemple) liés à la recherche d'une taille critique dans des secteurs sensibles tels que les banques, les assurances et la pharma expliquent avant tout ces opérations. La volonté de réaliser des économies d'échelle est importante en particulier dans le domaine de la recherche et du développement (R & D), selon lui. «Une fusion permet de diminuer quelques coûts, tempère José Carlos Jarillo, mais elle ne règle pas dans le cas de Sanofi la difficulté de trouver de nouveaux médicaments et la pression sur les coûts de la santé.» Un débat qui doit indifférer les banques d'affaires trop heureuses de l'aubaine.