Les opérateurs de bus allemands étendent leur offre à Zurich et concurrencent les CFF

Libéralisation L’ouverture du marché du transport par car en Europe relance le débat en Suisse également

L’Astag et Car Tourisme Suisse exigent de meilleures conditions

Sur le parking situé derrière la gare de Zurich, le voyageur qui veut partir vers Munich n’a que l’embarras du choix. Il peut opter entre les offres de trois compagnies de bus différentes. MeinFern­bus, leader outre-Rhin, FlixBus, le dernier venu à Zurich, et même… un car CFF qui dessert à certaines heures la capitale bavaroise. Ces sociétés s’inspirent des compagnies aériennes à bas coût. Le billet de Zurich vers Munich varie de 15 euros aux heures creuses à 35 euros le vendredi soir.

Dans le sillon de la libéralisation du marché pour le transport de longue distance outre-Rhin en 2013, les compagnies allemandes ont étendu leur offre aux pays environnants. En Suisse, elles desservent Zurich et la région bâloise, via Weil am Rhein. FlixBus étudie aussi une extension de son offre jusqu’à Berne au printemps 2015.

Cette ouverture du marché fait des envieux. Outre la Grande-Bretagne et les pays scandinaves, la France envisage à son tour plus d’ouverture. A la mi-octobre, Paris a estimé qu’autoriser les autocars à transporter librement des passagers dans l’Hexagone permettrait la création de 10 000 emplois.

L’essor des bus de longue distance en Allemagne, dont le volume d’affaires devrait passer de 160 millions d’euros en 2014 à 350 millions en 2015, ne fait pas que des heureux. Deutsche Bahn estime à 50 millions d’euros la perte de chiffre d’affaires en 2014.

En Suisse, seule la compagnie ExpressBus propose des trajets de longue distance. A l’intérieur du pays, une telle possibilité n’existe pas puisque les trajets internes sont réservés aux CFF et à La Poste. Les opérateurs étrangers y sont aussi soumis, précisent aussi MeinFernbus et FlixBus. Un passager qui part pour Munich ne peut ainsi pas descendre à Saint-Gall, le «cabotage» étant interdit. Est-ce le cas dans la pratique? «Nous ne pourrions pas interdire à un passager de quitter le bus», admet toutefois un chauffeur qui attend l’arrivée des voyageurs à Zurich.

L’arrivée des opérateurs allemands a relancé le débat sur les conditions-cadres pour les entreprises de transport en Suisse. L’Association suisse des transports routiers (ASTAG) et Car Tourisme Suisse ont publié un «plan directeur» à ce sujet en octobre. Stefan Huwyler, de Car Tourisme Suisse, déplore notamment que les terminaux de bus soient «souvent dans un mauvais état en Suisse».

L’Astag ne réclame pas une libéralisation à tous crins du marché en Suisse mais plaide en faveur de plus d’ouverture. Car Tourisme Suisse, qui vient de prendre position à ce sujet, souligne que les bus sont «plus flexibles au niveau du temps et des lieux que les transports ferroviaires» et qu’ils ont un «excellent bilan écologique». Il est dès lors «tout à fait justifié que les autocars de voyage privés se posent en concurrents du rail», réclame le groupe professionnel.

«En Suisse, il a été décidé de donner une préférence aux transports publics par trains, trams ou aux bus dans les localités. Si l’on veut compléter ce réseau par une offre de bus, il faudrait prendre une telle décision de manière collective sur le plan politique», rappelle cependant Christian Laesser, expert en transports à l’Université de Saint-Gall.

FlixBus étudie une extension de ses liaisons jusqu’à Berne au printemps 2015