Jeux Vidéo

Les opérateurs à la conquête de l’e-sport suisse

Les traditionnels opérateurs de télécommunication s’affrontent sur le terrain des compétitions de jeux vidéo. Swisscom organise son propre événement, UPC a sa propre équipe. Une façon de professionnaliser le secteur mais aussi de promouvoir leurs produits

Trois jeux, 14 joueurs et 16 000 francs de gains totaux. Ce samedi, la première grande finale de la Swisscom Hero League s’est tenue à Zurich. Pour l’opérateur de télécommunication, c’était une première. Son investissement dans l’e-sport, un domaine encore balbutiant en Suisse, date d’octobre dernier.

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Swisscom ambitionne de devenir un acteur majeur du jeu vidéo compétitif suisse. L’événement de ce samedi n’était qu’une première étape dans la création d’une ligue professionnelle. «Nous organiserons deux événements par an, un à la fin de chaque saison», précise sa porte-parole Alicia Richon. Pour s’assurer un lancement réussi, l’opérateur s’est associé à ESL, poids lourd dans l’organisation de compétitions de jeux vidéo à l’international.

UPC a sa propre équipe

Cette année a été marquée par l’intérêt croissant des opérateurs de télécommunication. «Les compagnies traditionnelles commencent à investir et à considérer l’e-sport comme un segment de marché intéressant», se félicite Cédric Schlosser directeur et cofondateur de MYI Entertainment, première agence suisse spécialisée dans le secteur.

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UPC, concurrent de Swisscom, l’a précédé dans le domaine en lançant son site d’information dédié à l’e-sport en 2016. Le câblo-opérateur, dont le rachat par Sunrise a été annoncé en février dernier, produit également deux émissions spécialisées diffusées sur MySports. PostFinance a choisi encore une autre voie en finançant sa propre équipe de cinq joueurs, PostFinance Helix, sur le jeu League of Legends (LoL), l’un des plus suivis dans le milieu e-sportif. Equipe qui s’est par ailleurs imposée en finale ce samedi.

Un million de francs investis

«Depuis l’automne 2016, UPC a investi un million de francs dans l’e-sport», révèle Massimo Gonnella, porte-parole du câblo-opérateur. Les autres entreprises restent plus discrètes sur les sommes investies. «Nous versons un salaire de 2500 francs par mois à chaque joueur», précise tout de même Johannes Möri, chargé de communication pour PostFinance. La branche financière de l’opérateur postal s’est engagée pour un an avec cette équipe.

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Pour le moment, la poursuite de cette expérimentation n’a pas encore été décidée, mais PostFinance Helix affiche des ambitions européennes. «Nous sommes qualifiés pour la 1re Division de la «Summoner’s Inn» qui commence le 21 mai», indique Johannes Möri. Dans cette ligue allemande du jeu League of Legends, les PostFinance Helix seront opposés à des poids lourds de la scène compétitive comme SK Gaming et Schalke 04.

Des récompenses encore faibles

Pour le moment, en Suisse, les sommes mises en jeu sont plus faibles que dans les pays voisins. Pour la seule ligue française de LoL, organisée par RiotGames, l’éditeur du jeu, la dotation est d’environ 34 000 francs, plus de deux fois les gains totaux de l’événement Swisscom.

«Les récompenses augmenteront avec l’audience, analyse Cédric Schlosser de MYI Entertainment. Swisscom ne s’est mis à l’e-sport qu’il y a un an. Cela va prendre un peu de temps pour qu’ils constituent leur fan base.» Entre mai 2017 et mai 2018 (soit avant l’arrivée de Swisscom), l’ensemble des gains générés par ces compétitions représentait un total de 240 000 francs en Suisse, selon MYI Entertainment.

Opération de séduction pour les entreprises

Pour les opérateurs, l’e-sport est aussi un moyen de toucher une communauté très ciblée et de promouvoir leurs produits. «En tant que fournisseur de services internet, il existe pour UPC un lien direct entre l’une de ses activités d’affaires principales et le monde du gaming, reconnaît Massimo Gonnella, le but étant d’être le pôle de référence pour les fans d’e-sport.»

L’assureur La Bâloise s’est également positionné dans le secteur en proposant des services destinés aux joueurs. «Gamers et e-sportifs dépensent en moyenne 1270 francs pour leurs équipements, détaille sa porte-parole Nicole Hess. Nous proposons une «Gaming Gear Insurance» qui comprend, d’une part, l’assurance des objets (ordinateur portable, console, etc.) et, d’autre part, une cyberassurance.»

Mieux connaître cette communauté, c’est aussi l’objectif de PostFinance. «Par notre expérience dans l’e-sport, nous voulons attirer de jeunes clients portés sur le numérique et leur montrer comment les produits et prestations numériques de PostFinance simplifient la gestion de l’argent au quotidien», précise son porte-parole Johannes Möri. L’entreprise, qui ambitionne de devenir la première banque numérique de Suisse, espère aussi en faire un outil de recrutement: «Des expériences réalisées dans d’autres pays montrent que c’est aussi une façon de susciter l’intérêt de diplômés de hautes écoles pour notre entreprise.»

Une version précédente de cet article indiquait par erreur que l'opérateur UPC appartenait à Sunrise. Cette opération n'a pas encore été achevée. La Commission de la concurrence de la Confédération doit donner son aval, puis l’actionnariat de Sunrise devra approuver l’augmentation de capital nécessaire pour le rachat. UPC et Sunrise restent donc deux entités indépendantes pour le moment.

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