La débandade se poursuit chez les fournisseurs de réseau. Jeudi, l'américan Ciena donnait des sueurs froides à l'industrie en émettant une mise en garde concernant ses bénéfices au dernier trimestre, provoquant un plongeon de son titre de 32%. Les effets de cette douche continuaient de se faire sentir en Europe vendredi, où ses confrères Alcatel et Siemens clôturaient la séance dans le rouge. Seul Marconi se reprenait quelque peu, après avoir accusé une chute de 5,3% la veille. Les Etats-Unis souffrent de surcapacités: l'enthousiasme lié à la Nouvelle Economie a donné la folie des grandeurs aux fournisseurs de réseau. Selon un article du quotidien économique français La Tribune, 60 millions de kilomètres de fibres optiques ont été posés dans le sous-sol américain ces dernières années, soit l'équivalent de 1500 fois le tour de la terre.

Onéreuses licences UMTS

L'Europe, quant à elle, vit un autre problème lié directement à l'octroi des licences UMTS (téléphonie mobile de troisième génération ou 3G). On se rappelle des prix faramineux payés lors de leur mise aux enchères, particulièrement en Allemagne, qui a levé la coquette somme de 50 milliards d'euros grâce à six opérateurs (voir tableau). La Grande-Bretagne figure également en bonne place. Asphyxiés par leurs dettes, les opérateurs, à l'instar de KPN (35 milliards de francs de dettes) ou British Telecom (72 milliards à fin 2000), cherchent maintenant par tous les moyens disponibles à réduire les coûts d'installation de leur réseau. A commencer par une coupe dans leurs effectifs, premières victimes de leur manque de clairvoyance. Viag Interkom, filiale à 100% de British Telecom, active sur le marché allemand, a ainsi récemment annoncé son intention de supprimer 13% de ses effectifs, en raison de difficultés financières liées à l'achat d'une licence UMTS. Les opérateurs cherchent également à partager les coûts en s'alliant. Début juin, les autorités allemandes leur donnaient une bouffée d'oxygène en leur permettant d'utiliser en commun certains éléments de l'infrastructure comme les antennes, les câbles ou le hardware. Partout en Europe, les négociations de regroupement se poursuivent.

Alors, punis par leur gourmandise, les opérateurs? Pour Didier Pouillot, consultant à l'Institut de l'audiovisuel et des télécommunications en Europe (Idate), les choses ne sont pas si simples. «La situation a beaucoup changé depuis que les opérateurs se sont lancés à la conquête des licences 3G», explique-t-il.

Le manque de technologie

«Les conditions d'accès aux marchés financiers ne sont plus les mêmes qu'il y a douze mois, tout comme la disponibilité de la technologie. Tous les constructeurs se disaient prêts il y a un an, mais on s'aperçoit aujourd'hui que la technologie n'est pas au rendez-vous (tout comme la commercialisation des téléphones mobiles 3G, qui ne cesse d'être repoussée pour des raisons techniques, ndlr). Cela ne modifiera pas le développement de l'UMTS dans le long terme, mais les perspectives de retour sur investissement des opérateurs sont aujourd'hui retardées.» Enfin, le fait que les opérateurs se partagent les réseaux ne convainc pas Didier Pouillot. Ce dernier n'exclut pas d'autres retards techniques, liés au problème des interférences de transmission. Figure d'exception dans ce paysage asséché des télécoms européens, seul Swisscom peut encore se permettre de jouer avec ses liquidités (plus de 5 milliards de francs à fin 2001).