Gouvernance

Opération de la dernière chance pour Deutsche Bank

Suppression de 18 000 postes, arrêt des activités de trading d’actions, création d’une «banque poubelle», l’établissement allemand tente le plan de restructuration le plus drastique de son histoire. Si la saignée est saluée par les syndicats et les experts financiers, son issue demeure incertaine

«Une telle annonce est toujours amère, mais dans l’intérêt de notre banque, nous n’avons pas d’autres possibilités: nous devons nous concentrer sur nos points forts», a déclaré Christian Sewing, directeur général de Deutsche Bank lors de la présentation dimanche de son plan de restructuration, visant à sortir de la crise.

Si son ampleur était attendue, les chiffres font les gros titres de la presse allemande: 18 000 emplois seront supprimés d’ici à 2022, soit un quart de l’effectif actuel. Celui-ci tombera à 74 000 salariés, contre près de 100 000 il y a quatre ans. Il s’agit donc de la plus importante réduction d’effectifs au sein d’une grande banque depuis 2011, lorsque la britannique HSBC avait annoncé 30 000 départs.

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Malgré l’ampleur de cette cure d’amaigrissement, le syndicat Ver.di a cependant dit soutenir ce programme jugé nécessaire. «Il s’agit de stabiliser la banque et les emplois en Allemagne sur le long terme», a justifié Frank Bsirske, son président, qui a reconnu ignorer encore l’impact sur les activités dites d’infrastructures (direction financière, audit, ressources humaines), notamment au siège installé à Francfort-sur-le-Main.

Filiales anglo-saxonnes les plus touchées

Pour l’heure, le plan social devrait toucher en premier lieu les filiales américaines et anglaises. Au terme d’une étude approfondie, la banque a en effet décidé de réduire sa division de banque d’investissement et de cesser ses activités de négoce d’actions et de conseil en fusions et acquisitions à Wall Street et à la City de Londres, où elle s’était implantée à la fin des années 1980 grâce à des acquisitions.

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Pour nettoyer son bilan, Deutsche Bank a aussi annoncé la création d’une «bad bank», pour y loger 74 milliards d’euros d’actifs toxiques, en particulier des dérivés très spéculatifs. Finalement, l’établissement, qui fêtera ses 150 ans en 2020, entend se recentrer sur son métier historique: le financement des entreprises et la banque de dépôt.

«Je suis certain de la réussite de ce plan», a assuré le ministre allemand de l’Economie, Peter Altmaier. Il faut dire que la première banque du pays cherche désespérément à sortir de la spirale dans laquelle elle s’enfonce depuis la crise des subprimes en 2008. Malgré la surveillance de la Banque centrale européenne et les menaces des autorités américaines, elle ne s’est jamais débarrassée de ces actifs, tandis qu’elle accumulait par ailleurs les erreurs stratégiques. Si l’on ajoute à cela l’absorption compliquée de Postbank en 2010 et l’échec de sa fusion avec sa concurrente Commerzbank au printemps dernier, il n’est pas étonnant que son action ait été divisée par quatre en quatre ans.

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«Véritable revirement stratégique»

Ce plan sera-t-il alors l’assurance d’un nouveau départ et de la stabilité que veut désormais incarner Christian Sewing? «Cette restructuration est courageuse et, pour la première fois, n’est pas faite à moitié. Il s’agit d’un véritable revirement stratégique, visant à s’écarter d’un objectif trop ambitieux, celui de vouloir appartenir au cercle fermé des grandes banques d’investissement», commente Kian Abouhossein, analyste chez JPMorgan.

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Pour autant, les inconnues restent encore nombreuses comme le liste Michael Hünseler, expert dans le cabinet de conseil financier Assenagon: «Pour y parvenir, Sewing aura besoin de discipline au sein de son management, de l’engagement de ses salariés malgré cette coupe claire, d’un vent favorable de la part des marchés et des clients et d’un peu de chance. Rien de tout cela n’est sûr, mais un premier pas a été fait.» Reste maintenant à convaincre la bourse et les actionnaires. L’action Deutsche Bank a clôturé la séance de lundi en recul de 6,64%.

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