«Merkel a rayé les droits de l’homme de sa politique étrangère, dominée désormais par les seuls intérêts économiques.» La députée verte Viola von Cramon dresse avant même qu’il n’ait commencé un bilan sévère du séjour de deux jours entamé ce jeudi par Angela Merkel à Pékin. Certes, quelques questions diplomatiques (Iran, Syrie, Corée du Nord), les droits de l’homme et les conditions de travail dégradées des journalistes étrangers en Chine figureront au sommaire de ce sixième séjour de la chancelière en Chine – le deuxième depuis le début de l’année. Mais le ton sera donné par la crise de l’euro et la volonté commune de développer les échanges commerciaux entre les deux pays. La composition de la délégation allemande en dit long sur l’importance accordée par Berlin à ce voyage: sept ministres et une vingtaine de chefs d’entreprise accompagneront la chancelière, soit un total de 150 personnes et trois avions.

Avec 144 milliards d’euros (173 milliards de francs) de volume commercial, la Chine est le troisième partenaire de l’Allemagne, derrière la France (168 milliards d’euros) et les Pays-Bas. En 2011, l’Allemagne a exporté pour 65 milliards d’euros (78 milliards de francs) vers la Chine et importé pour 79 milliards d’euros (95 milliards de francs).

Gros marché

«La particularité des relations commerciales entre les deux pays est la parfaite symbiose de ces relations, constate le centre de recherche et d’influence paneuropéen European Council on Foreign Relations, dans un rapport consacré au sujet. La Chine a besoin de technologies, l’Allemagne de marchés.» L’Empire du Milieu est ainsi devenu l’un des principaux marchés des constructeurs automobiles et de machines, à l’image de Mercedes ou d’Airbus La Chine est désormais le plus gros marché de la berline de luxe, la Classe S, et Pékin devrait finaliser aujourd’hui avec le consortium européen EADS l’achat de 100 Airbus long et moyen-courriers, malgré le conflit autour des certificats d’émissions obligatoires depuis cette année au sein de l’Union européenne pour les compagnies aériennes étrangères à l’Union.

En termes d’investissements directs, l’écart entre les deux pays reste par contre considérable: l’Allemagne a investi pour 26 milliards d’euros (31,23 milliards de francs) en Chine l’an passé, contre 1,2 milliard (1,44 milliard de francs) investis par les Chinois en République fédérale. «Les Chinois investissent de plus en plus (les investissements directs en Allemagne ont triplé en peu de temps), dans des secteurs de haute technologie, souvent des PME en pointe dans leur secteur, explique un observateur. Ils ne se lancent que dans des investissements stratégiques, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes, en termes de vol de technologie industrielle notamment. Il est par ailleurs problématique pour les Allemands de ne jamais savoir qui se cache derrière les investisseurs: capital privé, ou l’Etat chinois?» Dernier exemple en date, le groupe chinois Shandong Heavy Industry s’apprêterait à racheter pour 700 millions d’euros (840 millions de francs) 25% du capital de Kion, une grosse PME spécialisée dans la fabrication de chariots élévateurs.

Mais à Pékin, Angela Merkel ne sera pas que l’ambassadrice de son propre pays. Elle cherchera aussi à convaincre les Chinois d’investir une partie de leurs colossales réserves de devises (3,2 milliards de dollars auxquels s’ajoutent les 460 milliards de dollars du fonds public CIC) pour voler au secours de la zone euro en difficulté.