Opération Twist. C’est la dernière arme secrète des autorités américaines pour tenter de relancer, à la main, la pompe du crédit alimentant toute la machine économique. Son activation a été annoncée mercredi en soirée par la Réserve fédérale, à l’issue d’une réunion de deux jours des membres de son comité monétaire.

L’objectif reste toujours le même. Faire baisser, aussi bas que possible, les taux d’intérêt exigés sur tous types de crédits. Cette fois, il s’agit de ceux grevant des prêts longs – s’étendant sur une décennie voire plus – cruciaux pour les entreprises et les ménages. Si ces taux sont déjà extrêmement bas, l’institution dirigée par Ben Bernanke veut pourtant les écraser davantage encore. Afin de tenter d’éviter l’étouffement d’une reprise économique, qu’elle a qualifiée hier de «lente».

L’opération Twist vise à «tordre la courbe des taux» comme disent les spécialistes, afin de faire ployer les intérêts exigés sur les emprunts les plus longs. Pour activer ce levier, la «Fed» doit faire appel à une ruse déjà utilisée en 1961. Cela fait en effet bien longtemps qu’elle ne peut plus écraser les taux directement sous son contrôle direct: ceux-ci ont été plaqués à quasiment 0% dès le début de la crise, fin 2008. Et la banque centrale a répété hier qu’ils pourraient rester à ce niveau deux ans encore.

Le truc du «twist»? Faire le ménage au sein de la masse de 1650 milliards de dollars d’emprunts d’Etat accumulés dans ses coffres; en remplaçant ceux arrivant à échéance rapidement par des emprunts plus longs. De façon massive. Ce tour de passe-passe consiste pour la Fed à vendre ses bons du Trésor à échéance courte pour en racheter d’autres remboursables dans dix, vingt, trente ans… L’opération s’étalera jusqu’en juin et mobilisera 400 milliards de dollars. La logique voudrait que ce goût prononcé pour les emprunts d’Etat sur le long terme en fasse baisser le taux d’intérêt, déjà très bas. Ce qui, par ricochet, rendrait encore plus avantageuses les conditions sur d’autres prêts. En particulier ceux contractés pour des acquisitions immobilières, pourtant déjà au plus bas depuis quarante ans. Le but? Inciter les ménages américains à racheter des maisons, relancer la construction.

Mercredi soir, la communauté financière est restée dubitative sur la réussite d’une opération Twist. Son annonce n’a pas provoqué d’envolée de la bourse de New York. L’ampleur de la manœuvre pourrait avoir des effets collatéraux dépassant les frontières de l’Amérique, rappelle de son côté Patrick Artus. Qui va en effet remplacer la Réserve fédérale dans ses achats d’emprunts d’Etat à court terme? Cela pourrait bien être les «fonds monétaires locaux», estime le directeur de la recherche au sein de Natixis, présent hier à Genève au salon des gérants indépendants Invest’11.

Cela n’est pas une bonne nouvelle pour les banques européennes. Car ces fonds américains étaient – jusqu’à cet été – d’importants fournisseurs de financements à court terme pour les établissements du Vieux Continent. «Au lieu de [les] financer, ces fonds monétaires pourraient bien acheter de la dette publique américaine», poursuit Patrick Artus. Une telle réorientation de leurs prêts signifierait que la réticence de ces fonds à refinancer les banques européennes est partie pour durer des mois.