Le dernier «lundi noir» m’a totalement pris au dépourvu. Actif sur les marchés depuis 1982, je n’aurais jamais pensé qu’ils puissent baisser dans de telles proportions. Pourtant, il a bien fallu me rendre à l’évidence: c’était possible. Et quand on revient sur les raisons de cette chute, on incrimine souvent les programmes de transactions automatisées, censés se couvrir en déclenchant automatiquement des ventes à partir d’un certain seuil de baisse des cours. C’est précisément ce qui s’est passé: les ventes ont été déclenchées, entraînant par un effet «boule de neige» de nouvelles vagues de ventes que le marché n’a pas été capable d’absorber.

De mon point de vue, les programmes de transactions automatisées ont donc bien joué un rôle déterminant dans la chute des marchés et cela me pousse à m’interroger sur la situation actuelle. Ce qui s’est produit alors ne pouvait pas être anticipé, mais devrait servir d’avertissement quant à ce qui pourrait se passer aujourd’hui du fait que toute la gestion passive s’effectue par le biais de fonds indiciels cotés (ETFs). J’ai le sentiment que de nombreux détenteurs d’ETFs n’en connaissent pas réellement la valeur. Ils savent seulement que le marché monte et veulent en tirer profit, sans véritablement se préoccuper des questions de valorisation. Je ne serais donc pas surpris si, lors de la prochaine baisse de marché, nous revivions, du fait de l’importance des ETFs, une situation similaire à celle déclenchée par les programmes de transactions automatisées.

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Paradoxalement, le krach a constitué une opportunité d’investissement bien que tout le monde ait pensé qu’il déboucherait sur une récession. Aussi, toutes les actions à caractère cyclique, que ce soit dans le secteur de la distribution ou dans celui des banques, ont représenté alors une magnifique opportunité d’achat. Le krach étant financier, son impact sur l’économie s’est avéré très limité. La raison en est simple: de nombreux investisseurs n’étaient que faiblement exposés aux actions car, à cette époque, l’immobilier représentait le nec plus ultra de l’investissement et rares étaient ceux qui s’intéressaient aux actions dans les mêmes proportions qu’aujourd’hui. Par conséquent, lorsque le marché s’est effondré, les seuls à en souffrir ont été des institutionnels ou des détenteurs de portefeuilles importants.

Se concentrer sur les sociétés solides

Pour autant, cet événement n’a guère modifié notre façon d’investir qui repose en grande partie sur l’approche bottom-up de Warren Buffett, laquelle consiste à acheter des actions de qualité, capables de résister à n’importe quelle tempête. Cette approche implique de conserver les actions à long terme, car tous les facteurs externes tels que l’évolution des taux d’intérêt ou des devises, s’inscrivent dans le court terme et, bien qu’ils aient un impact sur les marchés, il n’est pas possible de le prévoir suffisamment tôt pour en tirer un quelconque bénéfice. Certes, Georges Soros et certains gérants de hedge funds seraient en mesure de le faire, mais ce n’est pas le cas de la majorité des investisseurs. C’est pourquoi nous nous limitons à ce dont nous sommes capables, à savoir acquérir des entreprises solides, plutôt que de nous focaliser sur des questions macroéconomiques, les logiciels de transactions automatisées, les ETFs ou les taux de changes.

Par exemple, la question qui brûle toutes les lèvres aujourd’hui est celle de savoir quel sera l’impact de la normalisation des taux d’intérêt américains sur les actions. Dans une récente apparition télévisée, Buffett a répété ses propos tenus il y a deux ans lorsqu’il avait été interrogé sur la valorisation du marché: «Aux taux d’intérêt actuels, le marché semble raisonnable, mais s’ils évoluent sensiblement, nous pourrions estimer que les actions sont chères.» Et de préciser: «Sur un horizon de placement à trente ans, où faudrait-il investir, dans des bons du Trésor avec un rendement de 2,3% ou dans des actions?» Ce à quoi il répond: «Je privilégierais les actions.» Autrement dit, les investisseurs achètent aujourd’hui des actions, parce que, à long terme, leur rendement sera très probablement supérieur aux 2,3% offerts par les bons du Trésor.

Les risques des ETF

Ceci dit, il y a une grande complaisance sur les marchés, notamment chez les investisseurs actions qui ignorent ce qu’ils détiennent au travers de leurs ETFs. C’est pourquoi je ne serais pas surpris que le marché subisse un électrochoc lorsque les taux d’intérêt monteront. Nous ne pouvons pas le prévoir. Mais si les marchés ont largement progressé lorsque l’assouplissement quantitatif a été mis en place, est-il logique de croire qu’ils monteront aussi lorsque cet assouplissement prendra fin?