Oral ardu pour le futur commissaire Hill

Union européenne Le préposé aux Services financiersà la Commission fait un pari sur le marché unique des capitaux

Jonathan Hillse dissocie de la City

La forme d’abord. Discours liminaire de dix minutes et réponse à quarante-cinq questions, le tout durant trois longues heures. Jonathan Hill, le commissaire européen désigné en charge des Services financiers, n’a pas tremblé lors de son grand oral mercredi dans le cadre des auditions du nouvel exécutif par les eurodéputés. A l’issue de cet exercice, l’ensemble du collège cherchera l’aval du Parlement européen lors d’une plénière le 22 octobre.

Chef de la Chambre haute britannique en 2010, Jonathan Hill, 54 ans, a tenté de garder son calme lorsqu’il a été attaqué par des députés eurosceptiques de l’UKIP qui ont mis en doute son allégeance à Sa Majesté la Reine d’Angleterre. «Je veux être commissaire européen et non pas ministre britannique», a-t-il répondu. Il a aussi été serein lorsque des élus ont abordé les relations problématiques entre Bruxelles et le Royaume-Uni, dont le premier ministre, David Cameron, ne cesse de mettre en cause son appartenance à l’Union européenne. «Personnellement, je veux que le Royaume-Uni fasse partie d’une Europe qui réussit», a-t-il insisté. De quel côté sera-t-il dans le cas d’un éventuel référendum sur une sortie de son pays de l’Union, comme l’a promis David Cameron? «Du côté européen», a-t-il laissé entendre.

Proche de la City en son temps pour avoir monté une entreprise de lobbying en matière financière, Jonathan Hill a assuré à son auditoire qu’il n’entretenait plus aucun lien avec le secteur et que de toute façon, sa mission n’était pas de protéger la City, mais d’aider à construire une forte industrie des services financiers au sein de l’Union.

A plusieurs reprises, le commissaire désigné a assumé le fait qu’il ne pouvait pas, à ce stade, répondre à toutes les questions. Il n’a en effet pas partagé ses pensées sur les euro-obligations, qui pourraient être éventuellement émises pour mobiliser des fonds, ou encore sur la taxe sur les transactions financières. A ce propos, les Verts européens et le groupe de pression Oxfam ont déploré qu’il n’ait émis aucune nouvelle idée pour assainir l’industrie financière.

Auparavant, Jonathan Hill a assuré avoir vendu toutes ses actions au lendemain de sa nomination et ne plus voir de conflit d’intérêts dans ses nouvelles fonctions. Accusé d’être proche des banquiers, le commissaire désigné a promis la transparence sur toutes ses rencontres avec les lobbies financiers qui pullulent à Bruxelles.

Sur le fond ensuite. Répondant à des questions insistantes, le successeur désigné de Michel Barnier s’est engagé à achever l’union bancaire. «Je viens d’un pays qui n’y est pas associé, mais la crise a démontré l’interdépendance entre les Vingt-Huit, a-t-il dit. Il n’y aura pas de retour en arrière et l’argent des contribuables ne servira plus jamais à sauver des banques.» Entre 2008 et 2012, les Etats européens ont versé 1500 milliards d’euros aux banques en détresse.

Jonathan Hill a rappelé que le Mécanisme unique de supervision ainsi que le Mécanisme unique de résolution, pièces maîtresses de l’union bancaire, étaient déjà en place. Et reconnu les difficultés pour finaliser le troisième pilier, c’est-à-dire le Fonds de résolution. L’UE doit également chercher un compromis pour établir la garantie des dépôts pour les comptes à hauteur de 100 000 euros et dont le but est de protéger les petits épargnants.

Pour ce qui est de l’avenir, Jonathan Hill a fait du marché unique de marchés de capitaux (MUMC) une véritable profession de foi. Il s’agit de l’une des dix idées phares mises en avant par Jean-Claude Juncker dans son discours-programme prononcé début septembre. Le MUMC servira avant tout à mobiliser des capitaux. Contrairement aux Etats-Unis, où les entreprises ont davantage recours à la place financière, en Europe, les banques en sont la première source. Jonathan Hill a fait remarquer que désormais celles-ci prenaient de moins en moins de risques et que par conséquent l’économie souffrait d’un manque de capitaux.

«Je compterai sur les marchés des capitaux pour mobiliser une partie des 300 milliards d’euros que Jean-Claude Juncker a promis d’investir dans son plan de relance et de création d’emplois», a conclu le commissaire désigné.

«L’argent des contribuables ne servira plus jamais à sauver des banques»