«L'implantation de l'opérateur téléphonique Orange représente le succès le plus important pour la ville depuis 65 ans!» Le maire socialiste de Bienne, Hans Stöckli, en campagne pour garder sa place lors des élections municipales du 24 septembre, se trompe d'une année: la principale installation économique remonte à 1934, lorsque General Motors venait offrir 300 emplois à la cité bilingue.

Orange Communications SA promet de faire mieux. L'opérateur a besoin d'un troisième site stratégique en Suisse, après Zurich et Lausanne où il s'est installé il y a treize mois, employant 1250 personnes, annonçant 700 000 clients et couvrant, avec ses 1300 antennes, 95% du territoire suisse, pays dans lequel il a déjà investi plus d'un milliard de francs.

En novembre 1999, Orange lance, en quelque sorte, un appel d'offres. Berne, Neuchâtel, Fribourg, Bâle et Bienne entrent dans la course. Dans le sprint final, face à Bâle et Fribourg, Bienne l'emporte, grâce à «ses bonnes possibilités de recrutement, son bilinguisme, les possibilités de formation et les espaces industriels disponibles», confie Andreas S. Wetter, directeur général d'Orange en Suisse.

La ville de l'Avenir tire en outre avantage du pari lancé il y a dix ans par ses autorités: devenir une cité de la communication (Le Temps du 10 février). Orange emménagera au centre-ville, dans les locaux de l'ancienne entreprise Biella, actuellement vides. Il créera un «customer care center», pour lequel il engagera 250 personnes, chargées de répondre, chaque jour et 24 heures sur 24, dans toutes les langues, à toutes les questions concernant les produits Orange. L'opérateur embauchera 50 autres personnes pour son service de renseignements 111 et 20 ingénieurs pour son switch-center, un nœud technique de télécommunications.

Le recrutement du personnel ne débutera qu'en janvier. D'ici là, Orange devra aménager les locaux qu'il a achetés à la Banque Cantonale de Berne et les agrandir. «Nos investissements à Bienne s'élèvent à 30 millions», annonce Andreas S. Wetter. L'activité effective de l'antenne biennoise ne débutera qu'au printemps 2001. Orange prévoit d'occuper 320 personnes d'ici à dix-huit mois.

L'opérateur imagine ne pas en rester là et utiliser le reste de l'«aire de l'Usine à gaz» qu'il a acquise pour créer 200 emplois supplémentaires. «L'expansion à Bienne est étroitement liée à l'introduction de technologies nouvelles», précise le directeur, qui souhaite développer les échanges rapides de données, des contenus d'informations et des images vidéo animées. Orange cherchera à obtenir une licence UMTS, mais craint que le processus d'adjudication aux enchères lui coûte à ce point cher qu'il ait «une influence substantielle sur la croissance ultérieure et les prix des services». Cette hypothèque ne remet pas ses objectifs en cause: Orange entend «jouer un rôle de leader dans le secteur de la communication mobile en Suisse».

Les promotions économiques de la Ville de Bienne et du canton de Berne se frottent les mains. «Une telle implantation valorise l'image générale du canton», se félicite Elisabeth Zölch, conseillère d'Etat, directrice de l'Economie publique, qui se réjouit des effets positifs de sa politique de clusters, tournée en particulier vers la télématique. «Il est évident que dans un premier temps, une telle politique provoque une situation de concurrence sur le marché du travail. Mais à terme, c'est précisément cette concentration qui renforce la structure économique et la compétitivité de la région.»

Avant d'accueillir une antenne d'Orange, Bienne a vu s'implanter, en 1999, un call-center de Diax: 130 des 200 emplois promis ont été créés. De plus, la ville de la communication a vu affluer, depuis quelques années, une dizaine d'entreprises de la branche, dans le sillage de l'Office fédéral de la communication (plus de 200 collaborateurs). Avec notamment SAP (Systèmes applications produits, 360 employés), IXOS software (150 employés), BNS Holding (entreprises de conseils et d'assistance Internet, arrivée en février, qui a déjà créé la moitié des 140 emplois annoncés), Ascantic Media ou NeBus (filiale de Neckermann), «1700 emplois liés à la télématique auront été offerts à Bienne à la fin de l'année, se réjouit Marc-Alain Langel, directeur de la promotion économique locale. Sans compter les 500 postes prévus par Orange.»

Assez de personnel?

Avec la reprise économique, le marché du travail s'assèche, même dans la région biennoise où le taux de chômage a longtemps été élevé. Les opérateurs téléphoniques trouveront-ils suffisamment de personnel? «Il existe un potentiel de base à Bienne et dans sa proche région, commente Marc-Alain Langel. Mais le recrutement se fera dans un cercle plus large, dans les cantons voisins et au-delà. Bienne se trouve au centre d'un bassin d'un million et demi de personnes qui peuvent venir chez nous en moins d'une heure, par la route ou le rail.»

De plus, Orange forme des apprentis et organise la formation continue, en entreprise et avec les hautes écoles de la région.