* Economiste en chef, UBS

L’élection française est derrière nous avec son lot de débats étranges (viande halal, permis de conduire, droit des policiers à l’autodéfense). L’élection américaine est devant nous et nous aurons sans doute droit à d’autres débats tout aussi bizarres. N’y aurait-il donc plus de débat réellement important? Et qui pour débattre de questions telles que: l’austérité ou la croissance, les conséquences à long terme d’une expansion monétaire sans précédent en temps de paix, la forme du système de change post-crise.

Ces débats sont, à quelques rares exceptions près, laissés aux seuls experts, ou à ceux qui se prétendent tels. En France, seul François Bayrou a essayé tant bien que mal de soulever le problème de l’immense dette publique. Aux Etats-Unis, seul Ron Paul – le candidat républicain «libertarien» et, pour cette raison, souvent caricaturé – discute ouvertement du rôle de la Réserve fédérale.

Mais les experts débattent-ils vraiment? Il y a évidemment l’opposant «officiel» à la pensée dominante, le keynésien Paul Krugman. Ce Prix Nobel d’économie s’efforce, à coup d’éditoriaux dans le New York Times , de convaincre la Fed de créer encore plus de monnaie et les Européens de creuser encore plus leurs déficits. De son côté, George Soros a créé l’Institute for New Economic Thinking, dont une conférence récemment tenue à Berlin est arrivée à la conclusion que «le vieux paradigme de l’économie néoclassique est brisé». Pour le reste, le monde académique est bien silencieux.

Si l’on cherche vraiment une pensée originale et critique à l’égard des politiques menées par les banques centrales, les gouvernements et les institutions internationales, il faut se rabattre sur des penseurs hétérodoxes et hors université. Ainsi, récemment, deux personnalités fort connues dans le monde de la finance, James Grant et Robert Wenzel, ont attaqué de front la Fed.

Leur critique principale vient d’une conclusion de l’école autrichienne d’économie: à la différence des sciences dures, il n’y a pas de constante dans les sciences économiques. En conséquence, les modèles utilisés par les banques centrales et les gouvernements pour estimer les conséquences de leurs actions sont fondamentalement faux, car ils sont basés sur des constantes.

Il suffit, pour s’en convaincre, de se souvenir de ce que Ben Bernanke, le chef de la Fed et patron de plus de 700 économistes, affirmait en juin 2008: «Le risque que l’économie soit entrée dans une phase récessive s’est réduit depuis le dernier mois.» Il est toujours chef de la Fed, mais a entre-temps triplé la masse monétaire états-unienne et prétend que tout est sous contrôle.

Je n’irai pas aussi loin qu’un investisseur américain qui s’exclamait récemment sur CNBC: «Ils [les représentants de la Fed] ne savent rien, ce sont des idiots.» Mais plus de critiques et plus de débats sur ce sujet seraient bienvenus.