Oswald Grübel poursuit la réorganisation des structures dirigeantes d’UBS à un rythme accéléré. Début avril, il nommait Ulrich Körner, issu de Credit Suisse, au poste de directeur opérationnel du groupe. Lundi, UBS a annoncé un nouveau changement à la tête de la banque d’investissement: Jerker Johansson, directeur de la division depuis mars 2008, «démissionne avec effet immédiat», indique le communiqué de la banque. Le Suédois sera remplacé par deux codirecteurs, tous deux recrutés à l’interne. Il s’agit d’Alex Wilmot-Sitwell, actif chez UBS depuis 1996 et membre du directoire du groupe. Il a occupé diverses fonctions au sein de la division de banque d’investissement depuis novembre 2005, avant de diriger la région Europe, Moyen-Orient et Afrique de l’UBS depuis janvier 2008. Carsten Kengeter, auparavant chez Goldman Sachs, a, lui, rejoint UBS en septembre dernier. Au sein de la banque d’investissement, il est responsable du segment Revenus fixes, devises et matières premières (FICC), l’unité qui est en grande partie de l’origine des pertes record essuyées par la banque en 2007 et 2008.

Tensions avec la direction

Le remplacement avec effet immédiat de Jerker Johansson, qui a repris au printemps 2008 le poste vacant laissé par son prédécesseur Huw Jenkins, donne l’impression d’une décision précipitée. «Les changements continus ne ramèneront certainement pas la stabilité au sein de la division de banque d’investissement», commente Kepler Capital Markets. Cette décision fait toutefois peut-être partie du «plan d’Oswald Grübel visant à renouveler encore davantage les positions clés au sein de l’établissement», estime le courtier. Ce changement soudain révèle aussi «des tensions avec la direction», juge Kepler.

Lundi, Oswald Grübel a une nouvelle fois réaffirmé son attachement au «modèle d’affaires intégré», tout en plaçant des limites claires au secteur de la banque d’investissements. «Le fait que la banque d’affaires soit une activité nécessaire ne signifie pas pour autant que ses gestionnaires doivent continuer à prendre les risques élevés qu’ils prenaient hier, bien au contraire. Ces temps sont révolus», avertissait le patron d’UBS lors de son discours effectué durant la dernière assemblée générale de la banque le 15 avril. A cet égard, Jerker Johansson n’a certainement pas réussi à transformer assez rapidement la banque d’affaires d’UBS en une division complémentaire des activités de gestion de fortune, conformément aux souhaits d’Oswald Grübel. A noter que la division ne semble pas avoir perdu son goût du risque jusqu’à présent. L’agence Reuters rappelait ainsi vendredi que l’unité de banque d’affaires d’UBS a récemment participé aux États-Unis au pré-financement de quatre entreprises biotechnologiques, secteur jugé comme risqué, pour une valeur de plus de 200 millions de dollars. Lors de ce type d’opérations, la banque achète des titres de sociétés avec une décote, en espérant revendre les titres à un cours plus élevé le jour suivant. Depuis le début de l’année, la banque a participé à dix transactions pré-financées pour une valeur de 2,6 milliards de dollars, plaçant l’établissement au premier rang d’un classement établi par le cabinet spécialisé Dealogic.

Poignée de main dorée

UBS ne fournit aucune précision à propos de la rémunération perçue par Jerker Johansson lors de son départ. Les deux parties ont respecté leurs engagements, commente seulement le service de presse de la banque. Recruté par Marcel Rohner, le Suédois, a perçu, avant même son entrée en fonction en mars 2008, un paquet estimé à près de 10 millions de francs réparti en espèces, actions et options. Une somme qui lui a été versée au titre d’indemnité de départ pour avoir renoncé à ses fonctions chez Morgan Stanley, où il a effectué l’essentiel de sa carrière auparavant. Lors de leur arrivée l’an dernier, Jerker Johansson et Markus Diethelm, nouveau chef juridique, ont ensemble touché un paquet d’actions d’une valeur de 10,7 millions de francs, indique le rapport annuel 2008 de la banque. Le document ne précise pas la répartition exacte de ces titres entre les deux cadres. Au cours actuel, le paquet d’actions UBS attribué à Jerker Johansson selon le rapport annuel vaut un peu plus de 7,5 millions de francs. Cette «poignée de main dorée», ou «golden hello» dans le jargon, a fait l’objet de nombreuses critiques lors de la dernière assemblée générale d’UBS.

Rebond du titre

Après avoir ouvert en recul en matinée, l’action UBS a clôturé la séance de lundi en hausse de 4,14% à 14,58 francs. Ce rebond est surtout à replacer dans le contexte de l’avancée des négociations entre Hans-Rudolf Merz et Timothy Geithner, secrétaire américain au Trésor. Lors d’une rencontre samedi, le président de la Confédération a proposé au gouvernement américain de renoncer à poursuivre UBS en parallèle de la signature d’un nouvel accord de double imposition entre les deux pays.