Ce programme de rémunération «est la récompense pour ceux qui ont fait de Credit Suisse ce qu’elle est», estime l’ancien patron de cette banque, passé depuis à la tête d’UBS, dans un entretien à l’hebdomadaire alémanique «Sonntag». Les résultats de ce programme introduit sous l’égide d’Oswald Grübel ont été rendus publics cette semaine: les cadres vont toucher un peu plus de 3 milliards de francs au titre de l’exercice 2004.

Le programme avait démarré lors d’une période houleuse pour la banque, alors qu’elle cherchait à fidéliser quelque 400 managers. Il devait être une incitation à obtenir de bons résultats sur le long terme, «exactement ce qu’on demande aujourd’hui de tous les côtés», souligne M. Grübel.

Autoflagellation

«Il y a quelques mois, Credit Suisse était encore encensée comme ‘la meilleur banque du monde’. Et maintenant on retombe dans l’autoflagellation». Dans le même journal, le directeur de la Finma (autorité de surveillance des marchés financiers) évalue ces bonus de manière plus critique. Ils ont «un fort effet de levier», mais le problème est qu’il «n’agit pas vers le bas», dit Patrick Raaflaub.

Le professeur bernois de gestion d’entreprise, Norbert Thom, abonde dans le même sens: «En bonne période, ces dirigeants ne connaissent que le ciel comme limite; en mauvaise période, l’Etat doit venir à la rescousse. C’est un jeu avec peu de risques. C’est choquant», lance-t-il dans la «Berner Zeitung» de samedi. Les hauts revenus seraient acceptés si les acteurs pouvaient également tout perdre, selon lui.

Coquette enveloppe pour Brady Dougan

Credit Suisse a publié mercredi le montant des bonus résultant de son programme de rémunération. A lui seul, Brady Dougan, actuel patron du groupe et à l’époque directeur de la banque d’investissements, empoche 70,9 millions de francs.

Les bonus pour l’année 2004 viennent s’ajouter à ceux versés au titre de 2009. Les treize membres de la direction générale de Credit Suisse ont gagné l’an passé près de 150 millions de francs, essentiellement en bonus. La part variable du salaire de Brady Dougan s’est hissée à 17,9 millions de francs, tandis que sa rémunération fixe a atteint 1,25 million. Le versement de ces bonus est en partie différé et ajusté aux performances de l’établissement. Credit Suisse a dégagé l’an dernier un bénéfice de 6,7 milliards de francs.

UBS aussi dans le viseur

UBS est également critiquée pour ses bonus. Car, bien que la banque ait essuyé une perte de 2,74 milliards de francs en 2009, elle versera quelque 3 milliards de francs de récompenses diverses. Selon M. Raaflaub, une progression de l’évaluation de «misérable» à «juste suffisant» peut certes justifier un bonus. Toutefois, le critère déterminant devrait être de savoir «si la banque peut se le permettre».

La publication des montants des bonus versés par les deux grandes banques helvétiques vient alimenter un débat parlementaire animé, suscité par l’initiative de Thomas Minder «contre les rémunérations abusives». Cette dernière, qui doit encore passer devant le Conseil des Etats, vise notamment à prohiber toute indemnité de départ, rémunération anticipée ou prime pour achats et ventes d’entreprises. Le peuple sera appelé à se prononcer sur la proposition de l’entrepreneur schaffhousois ainsi que, vraisemblablement, sur un contre-projet direct qui se veut plus souple.