Le boom des matières premières (agricoles et minérales) profite surtout aux spéculateurs, aux transformateurs et détaillants des produits finis. Alors que la forte demande, notamment dans les grands pays émergents (Brésil, Chine, Inde, Russie) fait monter les prix et les profits, les pays producteurs à l'autre bout de la chaîne ne reçoivent pas leur part du gâteau.

La situation a même empiré dans certains cas. En Côte d'Ivoire, les cultivateurs de café Robusta ont reçu 17,5% du prix payé par les consommateurs dans les années 1980-1988, mais seulement 7,2% en 1999-2003. En Indonésie, la part a baissé de 19,2% à 7% durant cette même période.

Dans les pays en développement, 2,5 milliards de personnes dépendent directement des produits de base. Ils exportent toujours plus, mais les revenus ne suivent pas. Le volume des exportations a explosé: cacao (+44% entre 2003-2005, comparé à 1993-1995), café (+16,9%), riz (+67,5%), sucre (+38%) coton (+48%), caoutchouc (+45,2%). En 2005, les compagnies minières en Afrique ont produit 21% de l'or mondial.

Une telle situation ne peut perdurer, estime une coalition de quatre institutions internationales. D'où l'organisation d'une conférence regroupant des gouvernements, l'ONU, la société civile et le secteur privé, du 7 au 11 mai 2007 à Brasilia. Objectif: susciter une prise de conscience et développer une stratégie qui permette aux pays producteurs de mieux profiter de leurs ressources naturelles. Genève, capital mondial de négoce, y sera représentée, ont assuré les organisateurs.

Enlisement du Cycle de Doha

Pour la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), l'une des organisatrices, le boom actuel des matières premières devraient durer au moins encore dix ans. Pour Laxmi Puri, haut cadre de cette organisation, l'enlisement des négociations du Cycle de Doha est une raison en plus pour trouver des solutions aux faibles revenus dans les pays en développement. «Actuellement ces derniers n'ont pas accès aux marchés pour des produits finis dans les pays riches», a-t-elle expliqué.

Les participants à la conférence de Brasilia se pencheront également sur la possibilité de diversification agricole, notamment en vue de produire de l'éthanol, tant pour la consommation locale, pour réduire la facture pétrolière, que pour l'exportation. Selon Laxmi Puri, de nombreux pays ont le potentiel de développer ce nouveau secteur prometteur à des prix concurrentiels.