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Oui, Donald Trump peut réussir son pari économique!

OPINION. Le président américain est un homme peut-être déséquilibré, mégalomane et agressif, mais en matière de finances et d’économie, force est de constater qu’il a quand même de bons réflexes, affirme Didier Maurin, directeur de Katleya Gestion

Donald Trump est en train de faire la meilleure chose qui soit pour les Etats-Unis, à savoir les transformer en paradis fiscal. En effet, il compte étendre à l’ensemble du pays les avantages de la juridiction fiscale déjà en place dans le Delaware, ce qui attire bien entendu les sièges sociaux d’entreprises, les capitaux du monde entier, et crée des emplois.

Il ne s’arrête pas là, car il compte aussi sur quelque 3800 milliards de dollars de bénéfices qu’ont stockés les multinationales américaines dans leurs filiales à l’étranger, et qu’il leur a proposé de rapatrier aux Etats-Unis via des conditions fiscales plutôt avantageuses.

Alors certes, l’homme est sans doute déséquilibré, mégalomane et agressif, mais, en matière de finances et d’économie, force est de constater qu’il a quand même de bons réflexes. D’ailleurs, ses traits de caractère me rappellent ceux de De Gaulle alors dépeint par Churchill: «De Gaulle, un grand homme! Il est arrogant, il est égoïste, il se considère comme le centre de l’univers… il est… vous avez raison, c’est un grand homme!» (I).

Le Britannique considérait le Français comme «prétentieux et même dangereux», un «cryptofasciste» (II) dont certains discours «se lisent comme des pages de Mein Kampf» (III). Les défauts de la vie courante peuvent se révéler de solides atouts lorsqu’on est au pouvoir d’un Etat qui, comme le disait Nietzsche, «est le plus froid des monstres froids», et ce, face à une guerre économique et géopolitique impitoyable qui requiert une poigne d’acier.

L’erreur du protectionnisme

Le bémol des actions de Donald Trump actuellement est le protectionnisme, car il pourrait s’agir là de sa plus grave erreur. Bien entendu, il est toujours très tentant de vouloir fermer ses frontières pour promouvoir les produits manufacturés dans son pays, mais c’est oublier un peu vite que les autres nations peuvent en faire autant, ce qui sape le commerce international pourtant si profitable à tous.

En 1929, lors de la crise économique la plus grave du XXe siècle, l’erreur majeure commise par le gouvernement américain fut celle du protectionnisme. Une fermeture des frontières qui engendra la faillite de milliers d’entreprises, un chômage sans précédent, et l’avènement du nazisme en Europe. En effet, à cette époque, les Américains ont soudainement rapatrié d’Allemagne tous les capitaux qu’ils y avaient initialement investis, ce qui, dans le contexte de crise économique qui en découla, constitua une opportunité unique d’accéder au pouvoir pour Adolf Hitler, alors même qu’il était situé à seulement 2,6% dans les sondages l’année précédente, en mai 1928. On connaît la suite…

La Chine est un pays très protectionniste

Cela étant, avant de complètement accabler Donald Trump sur ce point, même si le personnage, il faut bien le reconnaître, n’y met pas vraiment les formes, rappelons-nous que la Chine, bien que plus discrète, est l’un des pays les plus protectionnistes qui soient, et que pirater les brevets déposés par les entreprises étrangères tout en protégeant son marché intérieur ne l’empêche pas d’exporter sans cesse davantage.

Que la Chine puisse agacer Donald Trump et tant d’autres est donc parfaitement compréhensible, ce pays illustrant ô combien il est toujours dangereux d’être faible et naïf avec un partenaire commercial.

Le bémol des actions de Donald Trump est le protectionnisme. Il pourrait s’agir de sa plus grave erreur

Pour conclure, je rappellerai que Francis Fukuyama avait sans doute tort, contrairement à ce que j’ai longtemps pensé, lorsqu’il parlait de «La fin de l’histoire» concernant notre monde moderne, à savoir que lorsqu’une nation est fondée sur la démocratie et le marché, ces valeurs resteraient immuables. Pour faire trivial, «il n’y aurait plus qu’à continuer comme ça!».

Le risque de la démocratie

La grande fragilité de la démocratie est l’expression de la majorité du peuple via le suffrage universel, pensait Nietzsche. Et il avait raison, puisqu’on peut dire, au risque de se faire des ennemis, que le niveau intellectuel de cette majorité est bien faible.

Le bilan n’est autre que la décadence, avec une majeure partie de la population souvent inculte, qui vote pour n’importe qui, et auprès de laquelle les populistes s’en donnent à cœur joie.

Certes, ces propos ne feront pas l’unanimité et il est logique qu’ils soient critiqués, mais lorsque l’on étudie l’histoire, il est toujours intéressant de constater que toute nation ayant atteint un certain degré de décadence… fut un jour ou l’autre balayée.


  • (I) Extrait de De Gaulle et Churchill. La mésentente cordiale par François Kersaudy, Editions Perrin.
  • (II) Personne ayant des idées fascistes mais se le cachant ou voulant le cacher.
  • (III) Extraits de télégrammes de Churchill adressés à ses ministres.
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