Alors qu'Opel vient de publier le plan de réduction d'un tiers de ses effectifs en Allemagne – 9500 emplois supprimés sur 32 000 dès l'an prochain –, la pression s'accroît dans tout le pays pour augmenter le temps de travail des salariés, mais aussi des fonctionnaires, sans compensation de salaire. Opel planifierait d'ailleurs un nouveau programme d'économies basé sur une augmentation des horaires.

Contrainte de réduire ses coûts de 500 millions d'euros par an dans ses entreprises européennes, General Motors a tout de même accepté de payer le prix fort pour éviter un dangereux conflit social. La plus grande partie du personnel, environ 6500 personnes, sera en effet réengagée dans des entreprises d'occupation que GM est sur le point de créer.

Elles y auront l'occasion d'obtenir une nouvelle formation et partiront avec une garantie de 60% du salaire durant douze mois. La moitié des coûts sera assumée par l'Agence du travail. Cela coûtera cher à GM: 750 millions d'euros au lieu des 650 prévus pour les licenciements dans le cadre d'un plan social.

Malgré ce lourd tribut humain et financier, le «Standort», le site de production allemand, n'est pas encore sauvé pour autant. Selon le Financial Times, GM veut encore obtenir une réduction des coûts salariaux, qu'elle estime non concurrentiels, avant d'envisager la production de la nouvelle Vectra à Rüsselsheim. Les salariés, qui gagnent environ 20% de plus que dans les autres usines du groupe, pourraient être amenés à renoncer à tout ou partie de leurs avantages salariaux, mais aussi à travailler au-delà des 35 heures hebdomadaires, sans compensation.

Un peu partout en Allemagne, la pression s'accroît pour une augmentation généralisée des heures de travail, seul moyen de réduire les coûts de production et de faire face à la concurrence des pays voisins. Même dans les nouveaux Länder de l'Est, le temps de travail contractuel des métallos, par exemple, est de 38 heures par semaine, contre 35 à l'Ouest.

Menaces de délocalisation

Ainsi, un conflit vient d'éclater chez Baltic Metall (440 employés), près d'Hambourg, une filiale de la grande entreprise de machines et installations Hauni. La direction exige un retour au rythme de 40 heures hebdomadaires avant d'investir 10 millions d'euros dans de nouvelles machines. Les cinq heures supplémentaires sont nécessaires pour permettre un amortissement normal des investissements, argumente la direction, qui menace de délocaliser.

Manfred Wennemer, patron des pneus Continental, à Hanovre, dont les affaires marchent pourtant bien, souhaite pouvoir introduire la semaine de 43 heures, seul moyen d'être concurrentiel avec les pays de l'Est. Chez Philips, chez Siemens, qui a passé un accord pour 40 heures, les termes du débat sont les mêmes.

«C'est un phénomène qui ne cesse de s'étendre, admet un porte-parole du syndicat IG-Metall. Il y a toujours des pressions très dures sur le personnel, avec la menace de délocalisations, pour la prolongation des horaires de travail.»

Même les fonctionnaires, pour lesquels le gouvernement de Gerhard Schröder propose de renoncer à des augmentations de salaire en raison des déficits publics, ne sont pas épargnés. En octobre, 133 000 fonctionnaires fédéraux sont passés de 38,5 à 40 heures. Dans la Hesse, les 80 000 fonctionnaires ont troqué la semaine de 38,5 pour celle de 42 heures ou 41 heures selon les âges. Enfin, à Berlin, le Sénat a fait passer l'âge de la retraite des policiers, pompiers et fonctionnaires de justice de 60 à 65 ans et devrait économiser 10 millions d'euros. Jusqu'ici l'âge moyen des départs à la retraite de l'ensemble des fonctionnaires berlinois était de 56 ans.